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par le Dr Raymond Vergès

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José Marti, l’apôtre de la lutte pour l’indépendance de Cuba

samedi 29 janvier 2022, par David Gauvin


José Julián Martí Pérez, né le 28 janvier 1853 à La Havane et mort le 19 mai 1895 à la bataille de Dos Rios, est un homme politique, philosophe, penseur, journaliste et un poète cubain. Il est le fondateur du Parti révolutionnaire cubain (es). Il est considéré à Cuba comme un héros national, le plus grand martyr et l’apôtre de la lutte pour l’indépendance. Le régime communiste mis en place par Fidel Castro se réclame officiellement de sa pensée. Après Rubén Darío, il est un des représentants les plus célèbres du mouvement moderniste. Célèbre et honoré dans son pays, connu dans les milieux progressistes et littéraires de l’Amérique latine au même titre que Bolivar, Sucre, ou Miranda, il demeure peu connu ailleurs.


Bien qu’il soit né sous le soleil des Caraïbes, Il a vécu son enfance à Valence, en Espagne, la ville d’origine de son père, Mariano Martí.. À l’âge de 13 ans, il est retourné à Cuba, où il terminerait ses études secondaires. Là, il aura ses premières approches formelles de l’art, lorsqu’il s’inscrira à l’École professionnelle de peinture et de sculpture de La Havane. Au cours de cette étape, il a connu sa première altercation avec les autorités au pouvoir sur l’île. Spécifiquement, Il a été accusé de trahison après la découverte d’une lettre écrite par lui dont le contenu étiquetait deux camarades étudiants « apostats ». pour s’enrôler dans l’armée anti-indépendance. Pour cela, il a été condamné à six ans de prison. Mais grâce aux efforts de ses parents, il a été expulsé vers l’Espagne. En Espagne, il a étudié à l’université de Madrid et de Saragosse. Dans l’alma mater de la capitale aragonaise, il a obtenu des diplômes en droit civil, philosophie et lettres. A cette époque, le jeune José s’est aventuré dans le monde du journalisme en tant que collaborateur du Diario de Avisos de Zaragoza. En 1878, Déjà marié et père d’un fils, José Martí est rentré à Cuba avec la ferme intention de forcer l’indépendance du pays. À cette fin, il a fondé le Club révolutionnaire central cubain et un an plus tard, la soi-disant « petite guerre » a été déclenchée. Cette courte insurrection armée était la deuxième tentative d’indépendance contre la couronne espagnole. La révolte a été rapidement contrôlée. Martí a été capturé et envoyé une fois de plus en exil (à New York). Mais il n’y avait pas de retour en arrière. Même le fait de rencontrer sa femme et son fils dans la ville américaine ne l’a pas détourné de son objectif tant attendu : l’indépendance de Cuba. Un but qui a fini par lui coûter la vie et, par conséquent, il ne l’a jamais vu accompli.

Les idées politiques et sociales de Martí sont éparpillées sous diverses formes : articles, lettres, manifestes, discours… Ainsi ses lettres à Gómez (1884 et 1892), à Maceo (1893), à Gonzalo de Quesada y Arostegui (1889) ou à Federico Henríquez y Carvajal (1895) représentent bien plus que des écrits intimes et personnels. On retrouve là des thèmes principaux de sa pensée politique, ainsi que dans ses nombreux essais (El Presidio político en Cuba, en 1871 ; La República española ante la revolución cubana, en 1873 ; El Manifiesto de Montecristi, en 1895) ou encore dans ses articles les plus importants (Mi Raza et El Partido revolucionario en 1893, El Alma de la revolución y el deber de Cuba en América, en 1894). Martí est avant tout un humaniste : il fait du travail et de l’honnêteté les valeurs premières. Combattant la domination espagnole, il prend le soin de distinguer entre le colon qui travaille la terre et fonde une famille à Cuba et les dirigeants et exploiteurs du gouvernement colonial qui pillent le pays et corrompent les consciences. Combattant les inégalités et les injustices, Martí s’élève contre les préjugés raciaux et ethniques. L’humanité n’a pas de frontières, et la patrie pour Martí n’en est qu’une portion. « Patrie, autant dire Humanité », écrit ce patriote. La libération nationale reste, certes, l’objectif central de Martí : « Je ne peux rien dire ni faire qui n’ait pour but la libération de ma patrie. Elle est ma raison de vivre. » Martí demeure en effet persuadé du caractère différencié, original du milieu historique, social, politique auquel se rattache la nation cubaine.

Il évite alors deux tentations contradictoires : il se garde bien de limiter ce milieu à la seule île de Cuba, mais il évite aussi de l’étendre à l’Europe ou même à l’Amérique européenne. Dans l’immédiat, il s’agit de revendiquer l’indépendance de Cuba à l’encontre de la colonisation espagnole ; mais Cuba a, en commun avec d’autres pays d’Amérique latine et centrale, des caractéristiques qui ne sont ni celles de l’Europe, ni celles de l’Amérique européenne. En ce sens, la guerre d’indépendance a pour but, à plus longue échéance, de prévenir l’expansion des États-Unis. Elle constitue la dernière guerre américaine contre le colonialisme représenté par l’Espagne, mais elle donne aussi naissance au premier mouvement de lutte de libération contre l’impérialisme. C’est cette certitude qui confère à la pensée de Martí une ampleur et une originalité uniques, c’est elle qui fait véritablement de lui le prophète, l’apôtre des révolutions du XXe siècle et le père du continentalisme guévariste. Si cette idée parcourt constamment son œuvre, elle revêt le maximum de clarté dans le texte fondamental écrit à Mexico en janvier 1891 et intitulé fort explicitement Notre Amérique. Dans cet écrit, qui constitue la pièce capitale de son système idéologique, Martí se montre soumis à une tension historique dont nul autre Hispano-Américain n’avait su, avant lui, rendre compte : Martí « termine l’œuvre du XIXe siècle et il prépare celle du XXe. Il parachève la sécession dans l’ordre politique et il l’annonce dans l’ordre économique ».

Dans l’ordre politique, le patriotisme et l’hispano-américanisme de Martí sont une même chose, Cuba et l’Amérique forment la partie et le tout, les problèmes cubains se reflètent sur le continent. Les peuples de « notre Amérique » sont nés des « mêmes douloureuses entrailles », ont les mêmes caractères et le même avenir. Leur unité et leur indépendance passent par la libération définitive de Cuba : « Cuba doit être libre de l’Espagne et des États-Unis » ; on ne pourrait formuler en une phrase plus concise un programme politique plus complet. Martí refuse de considérer comme « civilisées » des institutions et des coutumes propres à d’autres territoires, à d’autres réalités et qu’il faut imposer à Cuba par le feu et le sang. Il revendique sa condition de « ressortissant de la barbarie », son appartenance à l’Amérique métisse : « … si grand que soit ce pays, et quelle que soit son auréole aux yeux des hommes libres qui voient dans l’Amérique le berceau de Lincoln, pour nous, dans le secret de notre cœur, et sans que nul n’ose nous le reprocher ni le tenir à mal, nous estimons plus grande, parce qu’elle est la nôtre et qu’elle fut la plus malheureuse, l’Amérique où naquit Juárez… ». En janvier 1895, José Martí rejoint le général Máximo Gómez à Saint-Domingue où, tout en préparant un retour armé à Cuba, il écrit et publie le Manifeste de Montecristi, appel à l’insurrection pour construire un pays libre et démocratique. Ils débarquent ensemble à Cuba en février 1895 et sont rejoints par le général noir Antonio Maceo pour former l’armée mambise. Le 19 mai 1895, âgé de 42 ans, José Marti est tué à la Bataille de Dos Rios. Il repose de nos jours au cimetière Santa Ifigenia à Santiago de Cuba. Sa sépulture se trouve, depuis fin 2016, à quelques mètres seulement de celle de Fidel Castro.

« La liberté coûte très cher et il faut, ou se résigner à vivre sans elle, ou se décider à la payer son prix. » José Marti

Nou artrouv’

David Gauvin



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