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Joséphine Baker est entrée au Panthéon

mercredi 1er décembre 2021, par David Gauvin


Joséphine Baker est entrée au Panthéon ce mardi 30 novembre en fin d’après-midi lorsque son cénotaphe est passé par les portes du monument où sont célébrées de grandes figures françaises. Le chef de l’État Emmanuel Macron présidait la cérémonie qui a débuté par la remontée de la rue Soufflot, en plein coeur de Paris, au cours de laquelle ont été rappelés les grands moments de la vie de la diva, née aux États-Unis en 1906, devenue française en 1937 et morte en 1975.


L’entrée au Panthéon de Joséphine Baker mardi 29 novembre « aura une valeur d’exemple pour les générations futures et les jeunes », se réjouit sur franceinco son fils Brian Bouillon-Baker qui publie le livre Joséphine Baker, l’universelle, aux éditions du Rocher. Pour lui, cette entrée au Panthéon « c’est un grand jour, un jour mémorable ». Joséphine Baker est la première femme noire à entrer dans ce temple de la République ; c’est la sixième en tout, elle a été résistante et a reçu la Croix de la Résistance, la Croix de guerre et la Croix de Lorraine. Ma mère « a pris des risques car elle a été agent de liaison, espionne pour les Forces françaises libres » et « elle a fait passer plein de messages dans ses partitions en prenant le risque d’être arrêtée et fusillée », a détaillé Brian Bouillon-Baker. Selon lui, « on peut dire maintenant que cette histoire d’amour très belle devient éternelle avec son entrée au Panthéon ». Joséphine Baker symbole de l’antiracisme, résistante, artiste de music-hall devient un symbole de la France. C’est un symbole fort pour les jeunes qui ne la connaissent pas bien, car elle a toujours combattu toutes les formes de racisme. Aujourd’hui, elle combattrait l’intégrisme et le communautarisme. Évidemment le sexisme et l’homophobie et l’antisémitisme et le terrorisme. Elle dirait que tout cela vient d’un manque d’éducation ou d’une éducation mal orientée par les parents vers le rejet de l’autre et la haine de l’autre.

Joséphine Baker, star de l’entre-deux-guerres, s’est mise au service de la France pour lutter contre les nazis. Avec son entregent et son courage, elle a prêté main-forte à la Résistance. « J’ai deux amours, mon pays et Paris. » Dans sa célèbre chanson, Joséphine Baker clame son attachement à la France et à sa capitale. Lorsqu’elle l’entonne pour la première fois en 1930, elle est une immense star de la Revue nègre, spectacle musical qui a contribué à populariser en France le jazz et la culture noire américaine. Ce n’est pas seulement sur scène que cette native du Missouri, née en 1906 dans un milieu pauvre, va briller. Quand la France déclare la guerre à l’Allemagne, le 3 septembre 1939, Joséphine Baker vit entre la capitale, où elle se produit dans une revue au Casino de Paris, et Le Vésinet (Yvelines), où elle possède la villa Beau Chêne. Elle a obtenu la nationalité française deux ans auparavant, après son mariage avec le courtier Jean Lion. Le 2e Bureau, le service de renseignement français, cherche alors d’ « honorables correspondants », « c’est-à-dire des personnalités dignes de confiance dont il avait l’intention d’utiliser la notoriété et les fréquentations dans les milieux diplomatiques pour les infiltrer et obtenir des renseignements », explique à franceinfo l’historienne Frédérique Neau-Dufour. Quelle place occupe Joséphine Baker dans l’histoire de la Résistance ? Son entregent et sa participation aux soirées mondaines en Afrique du Nord ou en Europe ont-ils réellement rendu service à la France ? « Elle et Lucie Aubrac sont deux visages de la résistance féminine », affirme Frédérique Neau-Dufour. « Elle a pris des risques pour tenir ce rôle, mais elle n’a pas obtenu de renseignements capitaux, tempère Emmanuel Bonini. C’est l’esprit et le courage dont elle a fait preuve qui ont impressionné. »

De tous les voyages que Joséphine Baker a effectué au cours de ses 40 ans de carrière, sa visite à Cuba (29 décembre 1965) reste toujours la plus mystérieuse. Alors que des amis proches essayaient de la dissuader d’y aller, convaincus que cela ternirait son image (!?), ils ont choisi de garder le silence sur le sujet.
Aujourd’hui, tout l’épisode reste rarement abordé dans les biographies ou de façon évasive. Peut-être pour une raison principale : Joséphine Baker était une invitée spéciale de Fidel Castro lui-même. Joséphine était allée à Cuba pour soutenir la création de la Tricontinentale, une organisation visant à unir des groupes révolutionnaires qui partageaient tous la volonté de mettre fin à la colonisation dans toute l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine. Aussi appelée « Conférence de la Solidarité des Peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine », la Conférence tricontinentale (ou la « Tricontinentale »), eut lieu du 3 au 15 janvier 1966 à La Havane, à Cuba. 82 pays du Tiers Monde y furent représentés. Parmi les fondateurs de la Tricontinentale figuraient des noms aussi célèbres que Che Guevara, Mehdi Ben Barka, Ahmed Ben Bella, Amilcar Cabral et Fidel Castro. Cependant, le contre-espionnage cubain eut quelques doutes sur la chanteuse. Et si cette ancien agent de la France Libre était en mission spéciale, envoyée par De Gaulle pour « étudier de près » la Tricontinentale et ses rouages ? En fait, la véritable raison de sa visite s’est avérée aussi étrangère à la diplomatie internationale que la politique internationale l’était au show business. Son voyage dans les Caraïbes a été inspiré par un combat très personnel, un combat contre le racisme.

Ce 28 août 1963, vêtue de son uniforme de la France libre, elle fut la seule femme à s’exprimer aux côtés de Martin Luther King, lors de la grande marche pour les droits civiques а Washington. Ce fut selon ses mots « le plus beau jour de sa vie ». Ce jour-là, juste après sa parole, le leader noir allait égrener ses fameux « I have a dream ». Discours qui éclipsa sans doute le non moins vibrant appel de Josephine Baker. Elle est tout entière dans ces paroles, son destin, ses combats, sa pugnacité, son énergie. Engagée, spontanée, elle y est débordante d’amour et d’elle-même, cherchant а insuffler du courage à ces Noirs d’Amérique en rappelant les épreuves qu’elle a endurées. Exemple paradoxal d’une femme qui avait réussi parce qu’elle avait tourné le dos à son pays, elle, la naturalisée française qui avait préféré fuir l’Amérique raciste et ségrégationniste pour un Paris plus tolérant.… « Je ne suis pas là, devant vous aujourd’hui pour prétendre que tout cela, c’est grâce à moi. Non, je ne ferai pas cela. En revanche, ma contribution sera de vous dire de faire la même chose : si vous criez, mes amis, je peux vous assurer que vous serez entendus. Et c’est maintenant que vous devez être entendus. Mais vous, les jeunes, vous devez encore faire autre chose. Je sais que vous avez entendu cela des milliers de fois dans la bouche de vos parents, comme, moi-même, je l’avais entendu dire par ma mère. Je n’ai pas suivi son conseil, sinon d’une autre manière. Vous devez recevoir une éducation. Vous devez aller à l’école et apprendre à vous défendre. Et vous devez apprendre à vous défendre avec un stylo et non avec une arme. Alors vous pourrez leur répondre et je peux vous dire, mes amis – et ce n’est pas juste une banalité – qu’un stylo est plus puissant qu’une arme. Je ne suis plus une jeune femme, mes amis. Ma vie est derrière moi. Le feu qu’il y avait en moi commence à décliner. Avant qu’il ne s’éteigne, je veux utiliser ce qu’il en reste pour allumer le feu qui est en vous. Afin que vous puissiez continuer, afin que vous puissiez faire ces choses que j’ai faites. Alors, quand mon feu se sera consumé et que j’irai lа ou nous allons tous, je pourrai être heureuse. » (extrait du discours de Josephine Baker à Wachington le 28 aout 1963).

« Tous les hommes n’ont pas la même couleur, le même langage, ni les mêmes mœurs, mais ils ont le même cœur, le même sang, le même besoin d’amour » Josephine Baker

Nou artrouv’

David Gauvin



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