Edito

Kim-Trump : à la veille d’un examen, on ne révise pas ses leçons

Ary Yée Chong Tchi Kan / 12 juin 2018

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Kim Jung Un a 34 ans. Au pouvoir, seulement depuis 2 ans, il a réussi à imposer un tête à tête au président de la plus grande puissance du monde. C’est un succès considérable. Quand vous lirez ces lignes, avec le décalage horaire de 4 heures d’avance sur nous, la première partie sera terminée. Alors, anticipons.

Les 2 acteurs ne peuvent pas perdre la face. A minima, c’est une partie à somme nulle. Trump a besoin d’une “victoire” pour consolider son front intérieur à la veille des élections à mi-mandat. Au G7, il a été clair vis-à-vis des Européens qui sont en principe ses alliés : « Les États-Unis ont été exploités pendant des décennies, on ne peut pas continuer ainsi ». Pour bien montrer sa détermination, il n’a pas signé la déclaration finale du G7. Ce discours est dirigé vers les travailleurs et les classes moyennes américaines. La Corée du Nord n’entre pas dans cette catégorie d’exploiteur des Américains. C’est pourquoi le climat de la rencontre sera détendu.

Kim n’a rien à perdre. Il suffit d’assurer la partie et respecter les règles du jeu. En effet, il a déjà engagé le processus de Paix directement avec son homologue du Sud, Moon Jae In. Et cela se passe très bien. De nombreuses initiatives ont été prises de part et d’autre, notamment l’explosion du polygone de tir nord-coréen. Kim Jung Un vient de limoger le vieil état major de son armée. Il est sûr de lui, décomplexé. Dimanche, le jeune dirigeant s’est montré très détendu en visitant Singapour durant des heures. Il ne s’enferme pas pour réviser ses leçons à la veille de l’examen ! On l’a vu tout souriant en compagnie du premier ministre Lee Sien Long. En tout cas, il n’est pas inquiet.

Dans ce contexte, la présence du président des Etats Unis apparaît pour ce qu’il est : hors champs, totalement surréaliste. Si la paix est possible et déjà engagée entre les 2 frères coréens, alors que vient faire ici, l’étranger Trump ? Il ne peut plus entraver un processus que ses prédécesseurs s’étaient évertués contrecarrer. Cependant, il a besoin de justifier le retrait de 30 000 soldats stationnés au Sud qui coûtent extrêmement chers à entretenir. A l’arrière plan, il y a peut-être même les 47 000 soldats stationnés au Japon. Il avait demandé aux Européens de contribuer davantage à la présence de l’OTAN pour leur sécurité. Devant leur réticence, il a fini par lancer l’appel à intégrer la Russie au prochain sommet du G7, prenant tout le monde à contre-pied. La Russie ne fait pas non plus partie de la catégorie des exploiteurs des Etats-Unis.

Nous disions dans le précédent édito qu’un succès du sommet Trump-Kim ouvre la porte à la rencontre Trump-Poutine. C’est le principal enjeu de cette rencontre. Le deuxième c’est le redressement économique de la Corée du Nord. Là, Singapour a bien joué le coup. Les 17 millions dépensés pour l’accueil de ce sommet sont peu de chose par rapport au coup de publicité pour la ville-état et la masse des investissements qui se profilent à l’horizon.

Ary Yee Chong Tchi Kan