Edito

L’Autosufisance alimentaire et la volonté politique

Julie Pontalba / 13 mai 2020

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Le confinement de la population réunionnaise a entraîné un certain repli sur soi et autour de soi, des échanges entre voisins, des marchés forains de proximité, la distribution de paniers fraîcheurs… Manioc, patate, fruits à pain, papaye, banane et autres produits pays sont redevenus les stars incontestées du moment. Est-ce un phénomène circonstanciel ou l’amorce d’un comportement durable ?

Certains de ces produits ont jalonné notre histoire. Ils ont sauvé la population réunionnaise de la famine pendant la guerre 39-45. Lors du blocus naval, l’exportation du sucre était stoppée, les cannes ont donc été arrachées et remplacées par des plantations de manioc, banane, patate, maïs, riz, etc. Cependant, dès la Libération du pays en 1942, les autorités ont redonné la priorité au riz et à la farine d’importation. Les racines et autres brèdes ont connu une campagne de dénigrement. En consommer était devenu honteux, assimilé à la misère. On se rappèlera des paroles de Frédéric Joron : “Domoun dans lé bas y di ke zot y manze pi patates. Laisse la moucate-la pou domoun y habite Mafate”. L’intégration au modèle culturel français a fini par marginaliser tout ce qui avait sauvé le peuple de la famine.

Aujourd’hui, le confinement nous a replacés dans une démarche de survie. Nous n’avons pas encore eu besoin d’arracher la canne mais nous avons renoué avec toute notre richesse naturelle. Manioc et patate ont repris du service ! Sur les réseaux sociaux, les internautes échangeaient beaucoup sur leurs talents culinaires et rivalisaient de créativité quant à l’utilisation des produits péi. Les déclinaisons étaient multiples : sucrés, salés, frais, congelés, sec, en poudre et farine, chips, frites, gâteaux, carri, etc. De quoi ravir nos sens, exalter les succès et soulager le porte-monnaie.

Nous tenons-là l’une des clefs de l’autosuffisance alimentaire. Nous pouvons rêver à une économie durable, centrée sur nos richesses et nos connaissances. Chacun de nos produits peuvent donner naissance à des filières génératrices d’emplois. Le marché est présent. Les ingrédients sont connus. Que nous manque-t-il, alors ? La volonté politique.

Julie Pontalba



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  • Au delà d’une volonté politique pour affirmer notre autonomie alimentaire, l’implication du consommateur en modifiant ses habitudes, peut bouleverser la production de ces racines et fruits utilisés par nos ancêtres. La demande encourage l’offre. Si nos planteurs observent qu’il y a une continuité dans l’achat de ces ingrédients, ils seront les premiers à cultiver en plus grande quantité et à proposer de la qualité aux ménages. C’est également la même chose pour les circuits courts. Acheter directement aux producteurs en limitant les intermédiaires a été bénéfique pour notre pouvoir d’achat et la rémunération des planteurs. Pourquoi ne pas continuer dans cette voie, notamment avec les paniers livrés à domicile ou sur un lieu de Rdv. Il est possible d’effacer le syndrome "goyave de France" cad : tout ce ki sort déor lé meilleur. Pendant le confinement "Nou la fé". Nous avons prouvé que patate, fruits à pain ek manioc lé toujours en vogue. On peut encore le faire après le dé-confinement. Sans être spectateur et attendre qu’un sois disant occupèr prenne la décision pour nous, chacun dans sa cuisine peut-être acteur, décideur et organisateur de notre autonomie alimentaire.

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  • Vivre avec et sur son "péi" !!!Oui dans toutes les mesures du possible. Notre terre à toujours nourri ses habitants. Encore faut-il qu’ils en ai l’envie et le courage !

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  • L’île de la Réunion, comme d’autres aussi, finalemnt, n’est plus autonome, côté énergies, alimentation, santé, on y importe même de l’eau, du sel pourtant entourée d’eau de mer, c’est peu dire et à la fois édifiant, révoltant, incompréhernsible, ne trouvez-vous pas ? D’autant qu’il y aurait 35% de tau de chômage, voire même 65% chez les "18-25 ans", c’est inoui et scandaleux. Pourtant, je trouve que les gens sont à la fois, ou séparement, qu’importe, à la fois ignorants, résignés, égoistes comme le système actuel encourage à le devenir hélas. Il n’y a qu’à voir les foules qui s’aglutinent aux supermarchés, certaines personnes s’impatientent du retour à la "normale". Pire qu’avant, sur consommation avec les déchets qui va avec. Tous ces produits justes bon à remplir les poches de toute une bande d’investisseurs, rentiers qui ne cherchent que le profit, le court terme. Ainsi, les plastiques nous envahiront encore un peu plus, jusqu’à la mer. Sachez braves gens que tous les jours, nous ingéront l’équivalent justemet d’une quantité de plastique incroyable, celle d’une carte de crédit ! Bon WE et appétit, Arthur qui réalise, à ce sujet, je conseille tout le monde à revoir sur " france5.fr " la bonne émission "la grande librairie" de mercredi dernier, justement consacrée au monde de demain que l’on prépare et allons subir, quel qu’il soit.
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