Edito

L’écologie pour justifier les dérives colonialistes

Julie Pontalba / 4 septembre 2020

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Nous l’avons appris hier, la commission sénatoriale française a rendu un avis négatif sur la restitution des Îles Éparses à Madagascar. Selon les conclusions de l’enquête :« Il convient de poursuivre une action vigilante et déterminée dans ces îles qui constituent un patrimoine exceptionnel et essentiel à la gestion de l’évolution climatique et biologique en cours. (…) Dans cette perspective, réaffirmer la souveraineté de la France sur ces îles, au cœur de nombreux enjeux dans l’océan Indien, est indispensable. ». Le débat sur la souveraineté est biaisé.

En effet, la France avait envahi Madagascar par la force, détruit son administration, tué le Prince Ratsimamanga ainsi que le ministre Rainandriamampandry et fait exiler sa Reine. Puis, elle a fait voter par ses parlementaires une loi d’annexion. A la veille de l’Indépendance, la France fait voter une loi qui lui permet de garder une partie du territoire qu’elle appelle les Îles Éparses. Les Malgaches ont toujours réclamé l’abolition de ces lois. Ils ont le soutien de l’ONU.

En ce sens, les conclusions de la Commission sénatoriale n’apportent aucun changement à la situation. Elles montrent surtout que les héritiers de l’empire colonial ont du mal à se projeter dans un monde nouveau. En effet, en 2018, le nouveau Président malgache, Andry Rajoelina, avait proposé une co-gestion de la partie en cause. Cet espoir a été balayé lorsque son homologue français est venu sur l’une des îles (les Glorieuses) pour annoncer la création d’une réserve. Cet acte a été vécu comme une agression par la partie malgache et les progressistes du monde entier. Présent au séminaire International des 60 ans du PCR, notre regretté camarade et ami Eric Rakotomonga, président de l’AKFM, parlait d’ « une faute diplomatique grave ».

Quant aux soudaines préoccupations écologistes de la Commission, les sénateurs membres auraient été plus inspirés s’ils avaient prolongé la proposition de résolution de leur collègue réunionnais, Paul Vergès, « relative à une nouvelle politique énergétique et à un co-développement durable et solidaire dans l’Océan Indien ». L’initiative a été enregistrée à la présidence du Sénat, le 3 juin 2014. C’était un projet concret qui anticipait les conclusions de la Conférence mondiale sur le Climat en 2015. Ses conclusions invitent à considérer l’avenir dans le sens du bien commun de l’Humanité et aussi dans le respect des peuples. On regrette que bon nombre de projet « écologique » ait été par la suite arrêté par le gouvernement français. Aujourd’hui encore des réunionnais en subissent les conséquences économiques.

En son temps, l’initiative de Paul Vergès avait été co-signée par plus de 40 sénateurs et sénatrices. Elle avait été saluée par la COI. L’Écologie, dans tout ce qu’elle englobe, est un enjeu extrêmement important pour l’humanité, cela doit être une préoccupation constante, mais elle ne peut pas être un nouveau prétexte pour poursuivre les dérives colonialistes françaises.

Julie Pontalba