Edito

L’état d’urgence alimentaire est déclaré au Sri Lanka, la dette illégitime affame les peuples

David Gauvin / 1er septembre 2021

C’est une grave crise économique et monétaire qui ravage le Sri Lanka, alors que les banques, à court de devises, ne sont plus en mesure de financer les importations. Le pays s’est ainsi déclaré, mardi 31 août, en état d’urgence alimentaire. Le président Gotabaya Rajapaksa dit avoir ordonné l’instauration de mesures d’urgence pour contrer la thésaurisation de sucre, de riz et d’autres aliments essentiels. Il a nommé un officier supérieur de l’armée au poste de « commissaire général des services essentiels, chargé de coordonner l’approvisionnement en paddy, riz, sucre et autres biens de consommation ».

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Peuplé de 22 millions d’habitants, avec un PIB de 80,7 Mds USD en 2020 (USD courant), Sri Lanka est la 4e économie d’Asie du Sud. Après la fin de la guerre civile qui a duré 26 ans, Sri Lanka a engrangé les dividendes de la paix, avec une période de forte croissance (+6,4 % en moyenne entre 2010 et 2015) tirée par le secteur de la construction et des services. Le rythme de croissance a ralenti à partir de 2016 (moyenne de 2 % sur la période 2016 – 2020) en raison de l’instabilité politique, de la faible diversification de l’économie, de l’insuffisance de l’investissement productif et de la détérioration des finances publiques. Les secteurs les plus importants de l’économie sont : l’industrie du textile et du vêtement (50 % des exportations), l’agriculture (thé, caoutchouc, noix de coco : 23 % des exportations), le tourisme (1,9 M de touristes en 2019, 3e source de revenus en devises : 3,6 Mds USD en 2019, avant les effets de la Covid), la logistique (le port de Colombo se classe au 24e rang mondial) et l’offshoring. Les remises des travailleurs expatriés (7,1 Mds USD en 2020) sont la deuxième source de devises étrangères, après les exportations de marchandises (10 Mds USD).

En 2019, le PIB/habitant de Sri Lanka était 1,8 fois supérieur à celui de l’Inde. En juillet 2019, Sri Lanka avait rejoint la catégorie des « pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure » (PRITS). Toutefois, dans son classement de juillet 2020, la Banque mondiale a rétrogradé Sri Lanka dans la catégorie des « pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure » (PRITI) avec un PIB/hab de 4020 USD, soit à un niveau légèrement inférieur au minimum de 4046 USD requis pour rester dans la catégorie supérieure. Le pays dispose d’indicateurs sociaux favorables, avec l’IDH le plus élevé d’Asie du Sud (0,78). Le taux d’alphabétisation est de 92 % et la main d’œuvre qualifiée est de bon niveau.

En 2020, la Covid a touché un pays qui avait déjà été fragilisé par les attentats djihadistes de Pâques 2019. Marqué par deux mois de confinement strict de mi-mars à mi-mai 2020, une forte recrudescence du virus à partir d’octobre et l’arrêt brutal des arrivées de touristes, le pays a connu la première contraction du PIB depuis 2001 (-3,6 %). La part de l’investissement dans le PIB a baissé de 5,2 points pour passer à 25,2 %. Toutefois, Sri Lanka a montré des signes encourageants de résilience et le gouvernement est intervenu via l’augmentation de la dépense publique (à hauteur de 0,7 % du PIB) pour soutenir l’économie. Ainsi, après une forte contraction du PIB au T2 2020 (-16 %), ce dernier a augmenté de +1,5 % au T3 et de +1,3 % au T4. Le secteur industriel a été le plus affecté par la pandémie avec une contraction de l’activité de 6,9 %. Le secteur des services et l’agriculture ont enregistré une contraction de 1,5 % et 2,4 % respectivement. L’inflation a été contenue (+4,6 % en 2020), bien que la hausse des prix agricoles se situe autour de 10 % depuis la mi-2020. En 2020, cette contraction s’est traduite par la baisse du PIB/habitant qui est passé à 3682 USD, par une hausse du chômage de 4,8 à 5,5 % et par une hausse du taux de pauvreté de 9,2 % à 11,7 % de la population.

Il y a deux semaines, la banque centrale du Sri Lanka a augmenté les taux d’intérêts dans le but de soutenir la monnaie locale. Ses réserves de changes sont tombées à 2,8 milliards de dollars à la fin du mois de juillet, contre 7,5 milliards de dollars en novembre 2019, au moment où le gouvernement a pris les commandes du pays. La roupie a perdu plus de 20 % de sa valeur par rapport au dollar américain dans ce même laps de temps, selon les données officielles. Ce pays, dû en grande partie à la crise sanitaire, se trouve en situation de ne plus pouvoir nourrir sa population. Il se trouve étranglé par la dette alors que son économie est en sommeil. La question de la dette est centrale. L’effacement des intérêts ne lèse pas les créanciers mais permet de donner une bouée d’oxygène au pays concerné. La dette des Pays en difficulté est illégitime, d’autant plus en période de « guerre sanitaire ».

« Mais la dette, c’est sa forme actuelle, contrôlée, dominée par l’impérialisme, une reconquête savamment organisée pour que l’Afrique, sa croissance, son développement obéisse à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangères, faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier c’est-à-dire l’esclave tout court de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer les fonds chez nous avec l’obligation de rembourser. » Thomas Sankara

Nou artrouv’

David Gauvin