Edito

La démocratie du tirage au sort, un pansement sur la jambe de bois d’un système malade

David Gauvin / 29 septembre 2020

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Face à la crise de la représentation, certains mettent en avant le tirage au sort comme mode de désignation des représentants. Le postulat de départ est un monde politique fermé qui ne s’occupe plus des citoyens. L’idée du tirage au sort vient d’un régime montré en exemple, la démocratie athénienne. Cette époque nous a légué le terme de démocratie. IL vient des mots grecs δῆμος / dêmos (« le peuple ») et κράτος / krátos (« la puissance, le pouvoir »). Il s’agit donc d’un régime où les décisions sont prises par le peuple.

Contrairement à l’idée admise, sur la foi de Platon et d’Aristote, chez les historiens de l’Antiquité, le tirage au sort n’est pas congénital à la démocratie. C’est plutôt, selon Paul Demont, l’instauration de la démocratie qui a peu à peu démocratisé cette pratique, primitivement aristocratique et religieuse. Dans les épopées homériques, le tirage au sort est attesté pour le choix des jeunes gens qu’on envoie à la guerre ou fonder une colonie, selon une pratique fréquente dans le monde entier à toutes époques, ou encore, dans la guerre, pour le choix d’un champion qui se battra au nom de tous

Mais la vraie question est celle de la citoyenneté. Jusqu’en 451 av. J.-C., pour être citoyen athénien, il faut être un homme né de père athénien, et avoir suivi l’éphébie de 18 à 20 ans, c’est-à-dire être capable de défendre la cité. L’éphébie est en effet une formation militaire et civique qui permet à la cité d’assurer sa défense sans avoir d’armée permanente ; elle prémunit aussi la ville des risques de tyrannie. La démocratie du tirage au sort est donc une démocratie censitaire ou les femmes, les esclaves et ceux ne pouvant payer leur impôt soit exclus du droit à gérer la cité.

Au-delà de cette idée, nous devons nous poser la question de la citoyenneté. Être citoyen implique que l’on fait partie d’un corps politique, d’un État, que l’on a dans ce corps politique des droits et des devoirs politiques. En France, un citoyen ou une citoyenne est défini comme suit : « Homme ou femme âgé de plus de 18 ans, né(e) de parents français ou étrangers naturalisés ». Le citoyen éclairé fait passer les besoins de la cité avant ses propres besoins. Il doit porter un projet collectif tendant à l’émancipation du peuple dans son ensemble. Alors que la démocratie s’exerce par tirage au sort ou par élection, elle ne peut s’exercer en dehors d’un projet politique partagé par le plus grand nombre. Le système de représentation est malade de la pseudo absence d’alternative à la politique libérale.

« Tout le monde veut gouverner, personne ne veut être citoyen. Où est donc la cité ? » Louis Léon de St Just

Nou artrouv’

David Gauvin