Edito

La liberté de la presse peut-elle exister à La Réunion avec cette Région ?

Manuel Marchal / 16 décembre 2019

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Dans un article publié le 8 juillet 2010, Zinfos974 écrivait ceci : « Ces dernières années, la Région versait tous les ans environ 300.000 euros par an à Témoignages, que ce soit sous forme de publicités, d’abonnements ou d’annonces légales. Depuis 1998, date de l’arrivée de Paul Vergès au pouvoir à la Pyramide inversée, c’est un petit peu moins de 3 millions d’euros qui ont été versés au journal du PCR ».
Ce que notre confrère oublie de préciser, c’est que « le Journal de l’île » et « Le Quotidien » recevaient au moins la même somme de la Région chaque année. En effet, en raison de leur tirage plus important que « Témoignages » à l’époque, et aussi parce que nos confrères publiaient leur journal en couleur alors que « Témoignages » était en noir et blanc, il est certain que les tarifs des publicités payés par la Région étaient plus élevés.
Donc, sur la base de ce qu’écrivait Zinfos974 le 8 juillet 2010, le « JIR » et « Le Quotidien » auraient donc reçu chacun plus de 3 millions d’euros de publicités, d’annonces légales et d’abonnements. Il est à noter que cet argent public n’était pas un don, c’était la contrepartie d’une prestation payante fournie par ces journaux. La Région Réunion se comportait alors comme une collectivité responsable, étant fournisseur d’annonces pour des journaux qui ne manquaient pas d’être critiques à son égard.

Mais avec l’arrivée de Didier Robert à la présidence de la Région Réunion, les attaques contre la liberté de la presse ont commencé, comme aux heures les plus dures de la fraude électorale et de la répression. En effet, non seulement « Témoignages » n’était plus invité aux conférences de presse, sans doute parce que les questions de nos journalistes devaient déranger, mais en plus « Témoignages » a été privé de toute publicité et annonce légale de la Région Réunion, régime qui ne s’appliquait pas à nos confrères.
Puis la Région Réunion a attribué des subventions directes à des médias de son choix, au titre des aides aux entreprises. C’est ainsi que l’an passé, le « JIR » a bénéficié de plus de 2 millions d’euros d’aide directe. Lors de la dernière Commission permanente, la Région Réunion a récidivé. Zinfos974 a obtenu une aide directe de 160.000 euros et un prêt à taux zéro du même montant pour son fonds de roulement… Le « JIR » a reçu encore plus d’un million d’euros d’aide. La nouveauté est que « le Quotidien » a reçu pour sa part plus d’un million d’euros de subvention.

Il est donc maintenant facile de comprendre pourquoi depuis quelques semaines, des articles sur la Région écrits par des journalistes dans la place depuis plus de 20 ans ont été censurés par la direction du « Quotidien ». Un publi-reportage de la Région a même eu sa place en « une ». Si du côté du « JIR », la ligne éditoriale clairement pro-Région n’a jamais fait de doute, au « Quotidien » cette censure était du jamais-vu. Elle a même débouché sur un débrayage d’une journée du personnel.
Il apparaît donc clairement que pour obtenir une subvention de plus d’un million d’euros de la Région, « le Quotidien » a dû se plier à une ligne éditoriale qui n’était pas la sienne mais celle de la Région. La Région Réunion n’est plus une collectivité qui se comporte de manière responsable mais un instrument au service d’intérêts particuliers qui cherche à tirer parti de la crise de la presse, et des besoins urgents des journaux en recettes.
Autrement dit, la Région Réunion utilise l’argent public pour mettre la presse à ses ordres. Ce procédé renvoie La Réunion aux pires heures de la répression contre ceux qui luttaient contre la fraude électorale. Ceci montre que la liberté de la presse est gravement menacée par la Région Réunion. Cette régression rappelle qu’à La Réunion, la lutte pour la liberté de la presse reste un combat quotidien compte-tenu de la persistance dans notre île d’un vieux fond colonial, illustré par ce courant réactionnaire pris en flagrant délit de combat d’arrière-garde. Ces femmes et ces hommes sortis tout droit d’un passé que l’on croyait révolu refusent d’admettre que les Réunionnais puissent avoir le droit au respect de leur liberté d’opinion.

M.M.