Edito

La lutte inégale de l’Inde face à la Covid

David Gauvin / 17 avril 2021

L’Inde a enregistré un record de 200.000 nouveaux cas de Covid-19 en 24 heures, selon des données officielles publiées jeudi, alors qu’une deuxième vague de contaminations massives prend encore de l’ampleur dans le pays de 1,3 milliard d’habitants. L’Inde est devenu lundi le deuxième pays le plus touché par le Covid-19 en termes de nouvelles contaminations par jour, dépassant le Brésil.

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Les experts incriminent les fêtes religieuses, les meetings politiques et tous les lieux publics bondés. Mercredi, le gouvernement a ajourné les examens scolaires prévus en mai-juin pour les 15-18 ans. Le pays doit également faire face à l’émergence d’un nouveau variant, le B.1.617, plus contagieux, notamment chez les enfants. Deux mutations, dont une moins sensible aux anticorps (E484Q) et une plus transmissible (L452R) ont été détectées dans ce variant. "De telles mutations confèrent un échappement immunitaire et une ineffectivité accrue", expliquait alors fin mars le ministère indien de la Santé. Cette nouvelle flambée en Inde, avec deux millions de nouvelles contaminations ce mois-ci, a conduit de nombreux États et territoires gravement touchés à imposer des restrictions voire des confinements partiels. L’État le plus riche du pays, le Maharashtra, principal foyer de contaminations, a imposé la semaine dernière un confinement les weekends et un couvre-feu nocturne.

L’Inde a la réputation justifiée d’avoir une médecine de pointe qui lui attire un tourisme médical significatif et rémunérateur, mais à l’échelle nationale, le système de santé est marqué par des disparités considérables, notamment sur le plan régional (le Kerala étant de loin l’État le mieux doté) et par un sous-financement chronique et une insuffisance de lits d’hôpitaux (cinq pour 10 000 habitants). Insuffisant avant la pandémie, le système a été rapidement saturé dès que les cas de Covid-19 ont commencé à exploser. La crise a mis en évidence ces travailleurs invisibles, piliers de l’économie mise en quelques jours à l’arrêt presque complet (le secteur informel représente au moins 80% de la population active). Parallèlement, l’Inde a rapatrié sur plusieurs mois plus d’un demi-million d’expatriés, soudainement privés d’emploi ou de visa, rentrant des États-Unis, d’Europe, mais surtout du Golfe. Leur retour prive le pays des devises qu’ils envoyaient à leur famille. Le basculement des précaires vers la pauvreté de masse fait rechuter l’Inde qui voit revenir le spectre des famines dont elle s’était en grande partie débarrassée.

Mais pendant ce temps la , un Etat résiste plus que les autre : le Kerala. Depuis l’arrivée de la première patiente du Covid-19 fin janvier jusqu’à aujourd’hui, le Kerala dit avoir appliquer le “mantra” de l’Organisation mondiale de la santé : “test, trace, isolate, treat”, autrement dit tester, isoler, traiter et rechercher les contacts. L’isolement des cas a concerné tous les cas symptomatiques retrouvés à force d’enquêtes minutieuses, menées par des contingents de fonctionnaires, policiers et assistants sociaux. Pour retrouver la trace des rencontres d’un malade, des cartes des lieux visitées par celui-ci ont été établies et diffusées auprès du public avec un numéro d’appel. Les cas positifs ont été isolés chez eux, à l’hôtel ou traités à l’hôpital. Les installations en place pour isoler et traiter s’inspiraient des protocoles observés pour Ebola. Le Kerala les avait déjà utilisés pour deux épidémies de virus Nipah en 2018 et 2019. Le Kerala est dirigé par un parti communiste depuis 1957. Encore un bon travail communiste.

« Sois le changement que tu veux voir dans le monde » Mahatma Ghandi

Nou artrouv’

David Gauvin