Edito

La menace de l’extrême-droite

Mathieu Raffini / 13 janvier 2021

Si la tentative de coup d’Etat de l’extrême-droite américaine par la prise du Capitole à Washington D.C a, selon toute vraisemblance, lamentablement échoué et laissé sur le carreau Donald Trump, il ne fait nul doute que cela aura de lourdes conséquences dans les mois et années à venir, que cela soit aux Etats-Unis, mais globalement dans toutes les démocraties dites libérales, en particulier en France, et donc par ricochet à La Réunion.

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Car s’il est une chose à retenir de cette prise du Capitole, c’est justement qu’elle est possible. L’extrême-droite américaine a pu s’emparer, même temporairement d’un symbole de la démocratie, aussi imparfait que soit le modèle américain.

On notera au passage la complaisance des forces de l’ordre, où il a été au final relativement simple pour ces groupuscules de l’extrême-droite la plus rance de pénétrer dans l’enceinte du Capitole, ce qui est à mettre en parallèle avec la manifestation pacifique de Black Lives Matters de juin où les militants avaient été réprimés par milliers et où les forces de l’ordre étaient présentes en très grand nombre.

Cette complaisance des forces de l’ordre envers l’extrême-droite n’est malheureusement pas nouvelle, ni une exception américaine. En France également une attitude plutôt étonnante vis-à-vis des mouvements les plus fascisants est trop souvent remarqué, alors que la répression du mouvement social se fait chaque jour de plus en plus forte. Mais cette complaisance, ou tout du moins relativisation de cette tentative de coup d’Etat à Washington, a également pu être vue dans les médias et chez certains milieux politiques, en particulier au niveau du gouvernement. En effet, si tous condamnent l’acte de la prise du Capitole, les forces progressistes comme les mouvements authentiquement populaires ont été mis sur le même plan de menace que cette extrême-droite américaine. On a ainsi vu fleurir des comparaisons douteuses, y compris au gouvernement entre les responsables de cette tentative de coup d’Etat et le mouvement des Gilets Jaunes ou encore les communistes et les insoumis, étant tous qualifiés de « populistes ». Le fait même que ces comparaisons existent doit nous inquiéter.

Car il faut nommer ceux ayant réalisé cette tentative de coup d’Etat : l’extrême-droite dans sa grande diversité, c’est à dire immensément de fascistes, des libertariens, et même des néo-nazis. Des composantes combattant toute notion de démocratie, de liberté, de justice sociale, de bien-vivre en communauté, d’émancipation des peuples, etc. En bref, elles s’opposent au fondement même de nos sociétés.
Cette même extrême-droite que l’on retrouve partout en train de prendre le pouvoir (comme cela est déjà le cas au Brésil, en Inde, en Hongrie et donc aux Etats-Unis avec Trump pour encore quelques jours par exemple), ou en forte poussée, notamment en France.
Et si cette dynamique est effectivement mondiale, elle n’est en rien due au hasard.
En effet, le capitalisme traversant actuellement une énorme crise structurelle, qui est à la fois accélérée et représentée par la crise sanitaire, la tentation de dérive autoritaire voire fascisante pour survivre semble plus que présente, en témoigne ainsi cette tentative de coup d’Etat aux Etats-Unis.

Mais en ce qui nous concerne, la situation n’est guère plus enthousiasmante dans la République :
Montée du chômage du fait de très nombreux licenciements de la part de grands groupes, destruction des conquêtes sociales, répression du mouvement social, dérive autoritaire du gouvernement avec comme symbole la « Loi Sécurité Globale », racisme d’Etat qui sera illustré par la « loi contre le séparatisme », mise sous tutelle de la recherche avec la LPR, etc. Tous ces éléments, lorsqu’on les met en lien, sont plus qu’inquiétants dans la dynamique autoritaire que prend notre gouvernement qui menace ainsi d’offrir ce qui reste de notre démocratie sur un plateau à l’extrême droite et en particulier aux fascistes. Cette menace est d’autant plus présente lorsque l’on voit la chasse qui est faite aux progressistes, où nous sommes depuis quelques mois subitement quasiment tous devenus « islamogauchistes » et « d’ultra-gauche », ne laissant ainsi par ce fait que deux possibilités politiques officielles à la population : le libéralisme sous ses différentes formes et ses failles que l’on connaît, ou l’hypothèse fasciste.

Ce tableau plus qu’inquiétant de la montée de l’autoritarisme, de l’extrême-droite et du fascisme au niveau mondial comme au niveau national étant posé, que fait-on maintenant ? Comment peut-on agir contre cela à La Réunion ?
Il est plus que temps de s’organiser pour éviter le pire, la fin de notre démocratie et la mise en place d’un pouvoir autoritaire proche de l’extrême-droite la plus rance, que cela soit par les urnes ou par les faits.
Pour éviter cela, nous n’avons désormais qu’une seule possibilité. Il s’agit de travailler pour renforcer le mouvement social Réunionnais sur des bases fortes, c’est-à-dire en défendant fermement dans l’unité la classe laborieuse dont sont issus les travailleurs et les chômeurs, mais également les femmes, les opprimés quels qu’ils soient. En bref, nous mobiliser ensemble pour le bien commun de la population Réunionnaise, pour la justice sociale, l’égalité pour toutes et tous, le droit de décider par nous-même de ce qui est bon pour nous, et ainsi redonner espoir aux masses en concrétisant ces batailles.
Ce n’est que sur ces bases que nous arriverons alors à combattre par les idées et surtout par les actes cette menace brune planant sur nous qu’est l’extrême-droite et son avatar fasciste.

Mathieu Raffini