Edito

La reprise en main du logement social par le pouvoir central

David Gauvin / 5 décembre 2020

A la Réunion, plus qu’ailleurs la place du logement social dans la politique d’habitat est centrale. En 2015, une famille sur quatre habite dans un logement social.

Jusqu’à la départementalisation, l’habitat à la Réunion est en grande partie informel. Depuis leur création (SIDR créée en octobre 1949, SEDRE en 1968, SHLMR en 1971, SEMADER, SODEGIS, SODIAC, SEMAC entre 1985 et 1991), les bailleurs sociaux ont permis un rattrapage structurel considérable, en offrant à une population encore très pauvre d’accéder à des logements construits aux normes métropolitaines et en éliminant progressivement les bidonvilles. Nous nous souvenons du cœur saignant au Port, mais aussi de tous les bidonvilles dans lesquels vivaient notre peuple.

La caractéristique principale de ces organismes, est la place, qu’avaient en son sein les collectivités locales, que ce soit le Département pour la SIDR, la mairie de Saint Denis pour la SODIAC ou encore les communes communistes pour la SEMADER. Mais depuis quelques années deux nouveaux acteurs sont apparus, CDC Habitat et Action Logement. CDC Habitat est l’opérateur de logement social de la Caisse des Dépôts et de Consignation, le bras armé financier de l’Etat, collecteur du livret A. De l’autre côté, nous avons Action Logement qui est le collecteur unique du 1% logement.

Avec méthode ces deux acteurs ont avalé tous les bailleurs sociaux. Du coté de la CDC Habitat nous avons la SEMADER, la SIDR, Appavou, la SODIAC. Du coté d’Action Logement nous avons la SHLMR, les logements intermédiaire de CBO Territoria à partir de janvier 2021. Il demeure deux bailleurs fragiles la SEMAC et la SODEGIS qui bizarrement sont pris pour cible par la chambre régionale des comptes.

En réalité, l’Etat a opéré une recentralisation du logement social à la Réunion par le biais de ces deux opérateurs. Ils ont en silence réalisé un vrai holdup sur le secteur sans provoquer d’émotion particulière. Mais pendant ce temps-là les collectivité continuent de devoir garantir les prêts passés par ces opérateurs pour la construction de logement, lesquels prêt sont passés auprès de leur maison mère en France. D’un coté le gouvernement annonce qu’il veut accorder plus d’autonomie au territoire et de l’autre il envoie ses cerbères recentraliser tous les secteurs.
« La puissance de l’Etat est une puissance de concentration. La propriété au rebours est une puissance de décentralisation », Proudhon

Nou artrouv’

David Gauvin