Edito

La réunion du G7 et la politique réelle

Ary Yée Chong Tchi Kan / 8 juin 2018

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Aujourd’hui, s’ouvre le sommet du G7 au Canada. Demain, s’ouvre le sommet de l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghaï), en Chine. Mardi, Trump rencontre Kim Jung Un. De ces 3 rencontres, la tendance serait de donner plus d’importance au premier et de négliger le reste. Et pourtant...

Le G7 regroupe les présidents du Canada, des Etats Unis, de l’Allemagne, l’Angleterre, la France, l’Italie et le Japon. Une semaine avant ce rendez-vous exceptionnel, Trump a lancé une opération de ré-équilibrage de sa balance commerciale en taxant l’importation de l’aluminium et l’acier. Ses 6 partenaires présents sont concernés et la pénalité se chiffre par milliards. Certains, comme Macron, May et Merkel, ne comprennent pas qu’on puisse taxer ses alliés. Trudeau du Canada a déjà pris des mesures de rétorsions. Il a rejeté l’argument de “sécurité nationale” avancé par Trump en le qualifiant de “risible” car son pays, l’Europe et le Japon ne constituent pas un danger pour les Etats-Unis. Macron pense que le maintien de ces taxes ne vaut pas une signature commune à la fin du sommet. Bonjour l’ambiance...

L’OCS comprend actuellement la Chine, l’Inde, la Russie, le Pakistan, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. L’objectif est de poursuivre “l’esprit de Shanghaï”, c’est à dire la confiance mutuelle, la sécurité, la stabilité, afin de forger une communauté de destin par la prospérité de chaque membre. C’est une vaste entreprise qui dispose à son palmarès, par exemple, de l’intégration de l’Inde et le Pakistan. De fait, l’OCS est une institution qui va concerner la moitié de la population mondiale. Malgré des divergences historiques, tous les voyants sont au vert. Nous allons assister à une intégration géographique accélérée et à un programme d’investissements exceptionnels. A la clôture du sommet eurosiatique, la photo de famille sera plus souriante qu’au Canada, même si la Chine subit aussi les taxations de Trump et la Russie se trouve sous les sanctions économiques et diplomatiques de Trump partagées par ses alliés.

De fait, le contexte de ces 2 sommets annuels est marqué par la politique unilatérale de Trump. Les alliés des Etats Unis sont en colère car ils ont le sentiment d’avoir été trahis par le grand frère. Iront-ils jusqu’au refus d’apposer leur signature au bas de la déclaration finale si Trump reste inflexible ? Il est difficile d’imaginer une reculade à la veille de la rencontre avec le Président de la Corée du Nord. Ce serait une marque de faiblesse considérable et le signe d’une légèreté politique. D’ailleurs, les réactions publiques de Macron reflètent plutôt les échanges téléphoniques privés qu’il a eus avec Trump. Il anticipe déjà l’éventuel échec du G7. A contrario, le président américain peut clôturer la séquence des 3 sommets sur la victoire d’avoir ramené la paix dans la péninsule coréenne et rentrer chez lui en triomphateur. Peu importe l’explication qu’il pourrait donner mais il va engranger une victoire qui pèsera très lourd dans l’opinion intérieure américaine qui lui est assez hostile.

Ce renversement de l’opinion pourrait lui ouvrir l’étape suivante : rencontrer Poutine. Il en a toujours rêvé.

Ary Yee Chong Tchi Kan