Edito

La Réunion, filiale d’intérêts extérieurs ?

Ary Yée Chong Tchi Kan / 27 août 2018

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La liquidation du groupe Apavou a fait couler beaucoup d’encre et de salive mais engendrer peu de réactions appropriées chez les politiques. Pourquoi un tel silence alors même que des repreneurs sont déjà sur les rangs. Ce n’est donc pas une si mauvaise affaire.

Le Parti Communiste Réunionnais a communiqué le 24 août dernier sur le sujet. Il fait 3 constats et soulève une question.

1- la dépossession des Réunionnais de la direction économique du secteur immobilier suit une tendance lourde. La SIDR est passé à la CDC-Habitat (Caisse des dépôts et consignations). En son temps, le sénateur Paul Vergès était intervenu pour éviter la nationalisation de ce fleuron immobilier, notamment en faisant intégrer les Collectivités réunionnaises dans l’alternative. Le gouvernement est passé outre. La SHLMR a été rachetée par Solendi. Ces 2 sociétés comptaient pour un peu plus de 50000 logements en gestion. Avec 2500 logements seulement et quelques hôtels, le refus d’Apavou de vendre ses biens a trouvé ses limites et provoqué un fort retentissement. A qui le tour ?

2-la dépossession des Réunionnais de la politique du logement est préjudiciable à un secteur crucial pour le développement économique du pays et l’épanouissement de l’individu. Toutes ces opérations d’acquisitions sont présentées avec force médiatique comme nécessairement vertueuses et bonnes pour les Réunionnais. Or, à aucun moment il n’a été présenté un plan global pour résorber 25000 demandes de logement en souffrance et anticiper le million d’habitants vers 2030, sans compter la réfection d’un parc vieillissant et d’accès routiers défoncés. La pénurie de logements divise la population réunionnaise et occasionne des actes de xénophobie.

3- la dépossession des Réunionnais de la majorité des capitaux produits sur place par l’immobilier a été spectaculaire. D’un coup, des détenteurs de capitaux extérieurs deviennent propriétaires d’une importante superficie de La Réunion alors que la surface utile de notre île est limitée à 800km2. Le contexte spéculatif a entraîné une revalorisation de leur capital foncier. Par exemple, au lendemain d’un déclassement de plusieurs dizaines d’hectares à Saint-Paul, de Châteauvieux a cédé ses parts dans CBO à des capitaux Belges.

Au final, déposséder les Réunionnais de leviers essentiels du développement alimente un constat : aucun acteur Réunionnais n’est préparé à la compétition mondiale. A petite échelle régionale, Apavou est encore l’un des rares opérateur régional. Le phénomène touche désormais quasiment tous les secteurs de l’économie, du social et de la culture. Dès lors, la question qui est posée est : à quoi rime ce mouvement stupide de déresponsabilisation des Réunionnais ?

A La Réunion, il ne reste plus que des filiales ou des guichets dans le rôle de “collector”. Les bénéfices repartent dans les “hauts de bilan” de plus en plus opaques d’agents aux intérêts extérieurs. Il est impossible d’avoir des informations fiables sur le flux monétaire occasionné par 25 milliards de chiffre d’affaires annuel en territoire réunionnais. Pourquoi la transparence n’est-elle pas respectée ? Au lieu de s’acharner sur les derniers des Mohicans, il eut été intéressant de savoir qui possède quoi à La Réunion ? Pour quelles stratégies de développement ? Dans le secteur des bureaux d’études, le phénomène frise le ridicule tellement les intérêts sont imbriqués dans des réseaux visant l’exclusion des cabinets réunionnais. D’une manière générale, La Réunion devient de plus en plus une terre de filiales aux mains d’intérêts monopolistiques extérieurs.

Ary Yée Chong Tchi Kan



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  • Vous vous demandez où vont les capitaux tirés des ventes et quels groupes non réunionnais en profitent ?
    Demandez au services fiscaux du département et aux syndicats des banques de la place ainsi qu’aux notaires....
    Ils pourront vous aider.......S’ils ne sont pas corrompus ! Pour ce qui est des politiciens locaux, je pense que malheureusement ils ont tous peu ou prou , profité de ces flous typiques du capitalisme et l’avenir de La RÉUNION n’est pas leur préoccupation première.
    Enfin, demandez aux plus brillants des étudiants de l’Université de La RÉUNION de réaliser une étude sur ces problématiques en leur accordant une bourse d’étude conséquente et une publication sur les meilleures éditions de sciences économiques.
    En même temps lancez une pétition sur le département pour dénoncer ces pratiques qui obèrent l’AVENIR des plus modestes.

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