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par le Dr Raymond Vergès

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Lang Kréol 2021 : une victoire culturelle

lundi 25 octobre 2021, par David Gauvin


Lofis la lang kréol La Rényon (Lofis) a actualisé son enquête sur la langue créole à la Réunion. Principaux constats : 19 % des locuteurs estiment « bien parler créole et mieux créole que français ». On note aussi une hausse de l’opinion favorable à l’apprentissage du créole à l’école.


Lofis la lang kréol La Rényon avait déjà réalisé deux enquêtes sur la langue créole à la Réunion, en 2007 et 2008-2009. Elle actualise ses données avec une nouvelle enquête effectuée en 2021, avec Sagis. En un peu plus d’une dizaine d’années, Sagis et Lofis notent, avec cette enquête, des évolutions significatives sur les usages et attitudes du créole. 503 personnes ont été interrogées du 25 mars au 13 avril 2021. La langue de l’entretien a été choisie par la personne interrogée. « L’introduction de l’entretien était en français, les enquêteurs ont disposé d’une version bilingue du questionnaire. » précise Lofis. Lorsque c’était possible, quand les questions posées étaient identiques, les résultats ont été comparés à ceux des études réalisées en 2007 et 2009. Pour 85 % personnes interrogées, le créole est une langue. Ils n’étaient que 74 % en 2009.

Lors de sa création en 1959, l’analyse du PCR reposait sur la reconnaissance de la situation coloniale de La Réunion. Le déni de la langue créole par les autorités en faisait partie. Ce combat pour la reconnaissance du créole s’est élargi bien au-delà du PCR. Le vote jeudi 8 avril de la loi reconnaissant le droit à un enseignement en créole montre l’ampleur du chemin parcouru. Ce vote n’a pas donné lieu à des protestations à La Réunion, au nom d’une soi-disant menace séparatiste. Les membres des groupes parlementaires qui ont appelé à voter contre le texte, LREM et France Insoumise, sont silencieux. Voici 62 ans, le Parti communiste réunionnais mettait le doigt sur une conséquence de l’utilisation du français comme seule langue de l’administration et de l’enseignement : « il n’en demeure pas moins qu’un Réunionnais obligé de penser de concevoir d’abord en créole et de traduire ensuite en français pour s’exprimer, se heurte à des obstacles qui le mettent en était constant d’infériorité ».

En 1959, le PCR ne proposait pas de solution claire à court terme et appelait à la solidarité avec les victimes de cette politique linguistique. Mais ces militants depuis 1959 n’ont jamais cessé de mener la lutte, que ce soit par des revues, des publications, des recherches, des festivals. Il faut quand même saluer cette génération qui parti de rien a réussi à faire vivre tout un environnement, publiant des dictionnaires, mettant en œuvre diverses graphies.
Ces Réunionnais doivent être fiers de ce qu’ils ont fait pour leur pays, pour n’en citer que quelques uns, le groupe Oktob 77 était composé de : Claude Allier, M-J. Apavou, Alain Armand, Christian Barat, M. Carayol, A. Cheynet, P. Cellier, P. Daburon, Boris Gamaleya, T. Gamaleya, Axel Gauvin, Georges Gauvin, Alain Gili, Jean Ivoula, M. Lebon, S. Marat, A. Payet, L. Permalnaïck, R. Permalnaïck, Serge Sinamalé, M-a, Tall, R. Tiaf-voon. Théodora Roger, Morau Luçai, Turpin Roland.

Les langues créoles sont nées pour la plupart entre le XVIe et le XVIIIe siècle ; leur existence est indissociable de l’histoire de l’esclavage en Occident. À l’origine, elle permettait la communication entre les esclaves – le mot « créole » viendrait d’ailleurs crioulo, terme utilisé pour désigner les esclaves au Brésil. Symbole de métissage culturel, un créole est une langue hybride qui dérive de l’exposition à plusieurs langues. Reconnues tardivement pour leurs spécificités linguistiques à part entière, les langues créoles restent pour la plupart des langues parlées plutôt qu’écrites. D’autant que ce phénomène linguistique est loin de ne concerner que le français. Partout où les puissances colonialistes ont tenté d’imposer leur culture, le créole a pris la forme d’une résistance linguistique : créole anglais au Belize, créole portugais au Cap-Vert, créole allemand en Namibie, créole espagnol aux Philippines, créole arabe au Kenya et même créole malais au Sri Lanka !
Si les créoles anglophones restent majoritaires (une langue créole sur trois est basée sur l’anglais), les langues créoles « francophones » arrivent en deuxième position. Elles seraient ainsi parlées par plus de 10 millions de locuteurs – autant que le suédois.

C’est en l’an 2000 que le créole est reconnu comme une langue régionale de France et peut être enseigné. C’est aussi la reconnaissance de tant d’années de « marronnage » pour un groupe d’enseignants qui avaient jusque-là pris en compte clandestinement dans leur enseignement la langue maternelle de la grande majorité des Réunionnais. Suite logique, un CAPES de créole est créé en février 2001. Afin de cadrer ce nouvel enseignement, un Conseil Académique de la Langue et Culture Régionales (CALCR) voit le jour à la rentrée scolaire de 2001. Présidé par le Recteur, il est composé d’enseignants, de parents d’élèves, de représentants des collectivités territoriales, de syndicats et d’associations. Ce conseil doit se réunir au moins deux fois par an, et a pour objet de définir un plan académique de l’enseignement du créole à La Réunion. Puisque le CAPES de créole existe, une licence de créole a été légitimement créée en 2002 à l’Université de La Réunion. Pour aller plus loin dans cette logique de l’offre, en 2002 a été ouvert un CRPE spécial (concours de recrutement de professeurs des écoles) de créole, et en 2004 une habilitation de créole permettant aux professeurs des écoles déjà en poste d’enseigner le créole. Une agrégation est crée par la suite. Le mouvement pour le bilinguisme et la reconnaissance du créole ne peut plus être stoppé. Le cercle militant a su au fil du temps élargir son aura en intégrant des recherches scientifiques et par l’expérimentation. Les thèses d’origine sur l’enseignement ont été démontrées par la pratique de dizaines d’enseignants. Il faut maintenant que l’Education Nationale suive le mouvement de fond et généralise la pratique bilingue pour tous les élèves et les enseignants. C’est la du bon travail communiste.

« La conception socialiste du processus révolutionnaire est caractérisée par deux traits fondamentaux que Romain Rolland a résumé dans son mot d’ordre : Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté. » Antonio Gramsci

Nou artrouv’

David Gauvin



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