Edito

Le handicap, on s’en tape !

Julie Pontalba / 25 septembre 2020

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Si le titre vous choque, c’est que vous n’avez jamais été touché par une situation de handicap. Si vous faites partie de ce monde, je suis persuadée que vous vous êtes dit un jour : « ils n’en ont rien à foutre de nous ! ». Et pourtant, ce « nous », c’est plus de 8 % de la population.

Le constat commence tôt. Savez-vous combien de temps il faut pour que le dossier d’un enfant porteur de handicap soit pris en compte par les structures officielles comme le CAMSP (0 à 6 ans) ou le CMPP (à partir de 6 ans) ? Le cas que je connais (très bien, et pour cause), est sur liste d’attente au CMPP depuis février 2018 et aux dernières nouvelles, il risque de ne pas être pris cette année. Alors pour palier à la très longue liste d’attente, les parents qui en ont les moyens, payent des professionnels privés, sans remboursement la plupart du temps. Pourquoi un tel mépris ?

Pour obtenir une simple carte de handicap, il faut compter 4 mois ! Des élèves ne peuvent pas reprendre l’école parce que le recrutement des AESH n’est pas suffisant ; c’est presque ironique dans un pays qui a une population diplômée et 30 % de chômage. Un ascenseur est en panne le jour de la rentrée et non réparé un mois après. Or, cet établissement est fléché pour accueillir les personnes à mobilité réduite. A juste titre, une élève en fauteuil roulant est inscrite dans cet établissement depuis trois ans. Elle se lève très tôt, fait des kilomètres pour venir là et ne peut même pas suivre les cours régulièrement. C’est consternant.

Il a fallu le déplacement des parents depuis l’Ouest pour rencontrer les responsables dans la capitale pour que le problème soit pris avec plus de considération. Des parents comme eux, qui doivent déployer une énergie hors-norme pour quelque chose dont ils ont normalement droit, il y en a des milliers dans notre île. Je ne parlerai même pas du calvaire enduré devant le manque d’information, d’orientation, d’accompagnement et de formation.

Heureusement qu’il y a des structures comme « Bel avenir » avec Gélita Hoarau, qui proposent ce type de service pour les parents. Heureusement qu’il y a des « combattants », et le mot n’est pas assez fort, comme Jean-Marc Maillot, qui doivent lutter jusqu’à plus de souffle pour défendre la cause des personnes handicapées. Des parents et des militants de la cause du handicap comme eux, il y en a beaucoup. Ils ne baisseront jamais les bras, ni la garde. Ils ne le peuvent pas. Tout simplement. Il est regrettable qu’en face, il n’y a pas le même niveau de préoccupation.

Un enfant porteur de handicap ne devrait pas être inscrit sur une liste d’attente longue sans pouvoir bénéficier d’une prise en charge par des professionnels de santé. A défaut, que les pouvoirs compétents remboursent les frais des spécialistes privés. Les parents qui ont des enfants ou un proche déficients devraient pouvoir bénéficier de formation et de soutien tout au long de leur vie. Tout ça est parfaitement possible si on décide de faire du handicap une cause prioritaire. Les moyens ne manquent pas, il faut les mobiliser à bon escient.

Julie Pontalba