Edito

Le populisme de la Région Réunion coûte cher aux Réunionnais

J.B. / 30 octobre 2019

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Incroyable mais vrai : l’assemblée plénière du Conseil régional prévue demain est reportée à une date ultérieure. Elle devait aborder notamment la question du budget, dans un contexte marqué par les révélations du Tangue au sujet d’un nouveau rapport de la Chambre régionale des comptes qui fustige une fois de plus la politique de la Région Réunion présidée par Didier Robert, que n’importe quel observateur de la vie politique ne peut qualifier que de populiste. Ce report ne peut qu’inquiéter toute personne soucieuse de la bonne gestion des deniers publics. Le « Quotidien » d’hier a en effet émis l’hypothèse que cette décision serait liée au fait qu’il manque des dizaines de millions d’euros pour présenter un budget équilibré, ce qui aurait donc nécessité de revoir beaucoup de choses.

En effet, elle repose sur l’utilisation de l’argent public pour distribuer des aides même à ceux qui sont tellement riches qu’ils n’en ont pas besoin, ce qui se traduit dans le dispositif de subvention des prix des billets d’avion vers la France. Le nom de « continuité territoriale » donné par la Région à ces centaines de milliers de bons de réduction sur les billets d’avion est tout d’abord bien trompeur. Quand Paul Vergès présidait la Région Réunion, la collectivité n’eut de cesse de se battre pour que l’État assume sa compétence dans ce domaine. Par conséquent, elle a refusé de faire payer les Réunionnais en utilisant une partie de son budget pour se substituer à l’État. En parallèle, un partenariat entre Air Austral et Airbus devait aboutir à la mise en ligne d’Airbus A380 capables d’accueillir plus de 800 passagers, afin de faire baisser le prix du billet d’avion de 30 % toute l’année, pour tout le monde et sans subvention. Mais en devenant président de Région, puis en s’octroyant la présidence d’Air Austral, Didier Robert a fait capoter ce projet car il allait à l’encontre de sa politique populiste de distribution de bons de réduction pour voyager vers la France.

En conséquence, la Région consacre maintenant bien plus de 40 millions d’euros par an à cette coûteuse opération de communication. Et la facture ne peut que s’alourdir en étendant cette aide publique à des personnes habitant en France et pouvant prétendre notamment qu’elles sont réunionnaises. Mais un jour ou l’autre la réalité finit pas s’imposer.
À la veille de l’arrivée d’Emmanuel Macron, le « JIR » a publié une interview de deux pages de Didier Robert où ce dernier mettait la pression sur Paris pour mendier une aide de l’État supplémentaire, et attaquait de manière virulente Annick Girardin, ministre des Outre-mer. La réponse du président de la République a été très claire : il a affiché sa solidarité avec la ministre attaquée par Didier Robert, et il n’a pas laissé à ce dernier l’espoir d’obtenir un euro supplémentaire pour son opération populiste. Il est aisé d’imaginer la panique à bord du côté de la Région, compte tenu de l’attitude qu’avait jusqu’à présent le gouvernement. Il avait jusqu’alors fait part d’une surprenante indulgence envers Didier Robert, au point, par exemple, que l’État avait soutenu les différents passages en force qui ont permis de lancer le chantier de la route en mer en dépit de l’absence de matériaux pour le mener à bien.
La somme totale consacrée par la Région Réunion aux subventions des prix des billets d’avion n’a pas pu servir à investir dans le pays afin de créer des emplois, c’est bien plus de 100 millions d’euros qui ont été gaspillés. Elle est une manne sur laquelle s’appuie les compagnies aériennes pour ne pas avoir à baisser leurs prix. Et aujourd’hui, Didier Robert est pris au piège de son populisme. Car maintenir ce rythme de dépense sans recette nouvelle semble bien difficile. Le populisme de la Région Réunion coûte décidément bien cher aux Réunionnais.

J.B.