Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
6 décembre 2013

La présentation du rapport du député Patrick Lebreton sur la régionalisation de l’emploi a eu un fort impact médiatique à la hauteur des attentes et de l’espoir qu’il avait suscités sur une question interpellant toute la société réunionnaise. Mais les propositions formulées sont très en deçà de ce que l’on était en droit d’espérer. Le fait que la publication de ce rapport coïncide avec la décision du gouvernement de rejeter une candidature réunionnaise à la direction du CRDP et de faire jouer la préférence métropolitaine sonne comme un démenti cinglant aux intentions proclamées. Cette nomination au CRDP intervient de surcroit après l’humiliation qui avait été infligée à La Réunion à l’occasion de la désignation de Madame Ledoux au poste d’ambassadeur à la coopération régionale. Est-il besoin de rappeler que Patrick Lebreton s’était publiquement prononcé contre la nomination de son compatriote Wilfrid Bertile ?
Faut-il dès lors s’étonner de la timidité des propositions du rapport du député maire de Saint-Joseph ? Manifestement, Patrick Lebreton n’a pas saisi l’opportunité de ce rapport pour remettre fondamentalement en cause le système actuel. Seules des propositions radicales, modifiant le cadre actuel, auraient été de nature à donner un sens concret à l’objectif de régionalisation des emplois. Ces propositions, portées notamment par le PCR ont été écartées : rien sur le « moratoire » concernant les nominations dans la fonction publique, rien sur la question décisive de la sur-rémunération, rien sur l’obligation pour les entreprises du secteur privé de passer par pôle emploi pour tout recrutement…
Ces mesures étaient de nature à changer réellement les règles du jeu. Elles n’ont pas été retenues par Patrick Lebreton. Le député socialiste s’est contenté de propositions à la marge, souvent redontantes par rapport à ce qui existe déjà et parfois même carrément à côté de la plaque. Ainsi, celle de la création d’une école des cadres outre mer pré-suppose qu’il n’y aurait pas suffisamment d’ultra-marins formés pour occuper des emplois de cadre ! Or, ce ne sont pas des jeunes Réunionnais formés et diplômés qui manquent ! Ce sont les conditions de leur accès prioritaire à l’emploi qui ne sont pas créées… Patrick Lebreton n’aurait-il rien compris ?
En réalité, la mollesse de ces propositions traduit la posture classique de la sociale démocratie : pas question de rompre avec le système dominant, on se contente d’aménager et de corriger à la marge. Il n’y pas d’illusion à avoir : le problème crucial de la réunionnisation des emplois ne pourra pas être réglé par des mesurettes. C’est toute la gouvernance et le fonctionnement de la société réunionnaise qu’il faut changer. L’impatience légitime de la jeunesse réunionnaise imposera tôt ou tard le changement radical dont notre pays a besoin.
S.J.
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