Edito

Le temps des revanchards

Geoffroy Géraud-Legros / 17 novembre 2010

Bien au-delà des cercles “ultra” nostalgiques de l’ère coloniale, un vent de régression souffle sur le pays : on voit ressurgir et on doit réentendre des mots et choses dont on pensait, à tort, qu’ils avaient déserté les comportements et les mentalités.
Il y a eu l’affaire « Copy », où l’on a vu des magistrats écouter avec compréhension les propos d’un enseignant, détenteur de l’autorité publique qui, non content d’avoir agressé sexuellement des jeunes femmes, s’en est vanté à la barre, déclarant haut et fort qu’ici « c’est tous des nègres et des putes et c’est comme cela qu’il faut faire ». La sanction, on le sait, fut quasiment inexistante : du sursis au pénal, et sur le plan disciplinaire, un refus de sanctionner l’auteur de ces propos.
Quelque temps plus tard, une bavure policière éclatait en plein centre de Saint-Denis : sous prétexte d’insultes à leur égard — démenties par les témoins —, des policiers roulant à vive allure dans une rue piétonne bondée arrêtaient sommairement un jeune homme, aspergeant les fidèles de la mosquée du chef-lieu de gaz lacrymogène, un premier vendredi de Ramadan.

Les commentaires suscités par ces évènements sont peut-être plus effarants que les faits eux-mêmes. L’affaire Copy a déclenché un flot de commentaires hostiles… dirigés non pas contre le tripoteur raciste, mais bien contre ceux qui dénonçaient ses propos. Même flot de haine contre la victime du passage à tabac-gazage de la rue Maréchal-Leclerc, couverte d’opprobre dans certaine presse dotée de forums « participatifs » parce qu’elle est de confession musulmane et que sa mère, présidente du Conseil général, est accusée de « pactiser avec la Gauche » en général et avec les communistes en particulier.

L’émergence du créole, symbolisée dans l’actualité récente par la charte linguistique signée à Saint-Paul par Huguette Bello et l’installation d’un panneau bilingue à l’entrée de la capitale, a elle aussi réveillé le mépris colonial envers notre langue. Depuis près de deux semaines, les médias regorgent de “courriers” aussi haineux qu’imbéciles, qui visent tant les acteurs de la réforme que les hommes et les femmes politiques qui la mettent en œuvre.
La réaction — et il faudrait dire, la revanche — des adversaires de l’identité, de la langue et de la culture réunionnaises peut d’ailleurs compter sur la bienveillance, et même sur l’appui d’acteurs institutionnels.
Ainsi, la Région a confirmé hier sa décision de rejeter la décision d’une commission de spécialistes composée d’universitaires, qui appuyait la demande d’allocation doctorale d’une jeune candidate à la Recherche, Melle Emeline Vidot. Motif : le projet de thèse, dûment validé, portait sur « l’identité réunionnaise ». Le plan de travail établi par l’étudiante faisait entre autres référence au Parti communiste réunionnais, dont la jeune femme se proposait d’étudier le rôle et la fonction dans l’émergence des discours et des pratiques liées à l’identité.
Ce que l’on nomme, chez les civilisés, la démarche constructiviste. Mais la simple mention du sigle « PCR » était certainement de trop pour les réacs et les sectaires qui siègent à la Région. Faut-il être surpris ? Ceux-ci ont trouvé un allié dans la personne de… Michel Vergoz, qui s’est montré en Commission permanente du Conseil régional, l’adversaire le plus acharné de ce travail de recherche. A méditer…

GGL