Edito

Leçons d’un capitalisme aux intérêts réunionnais

Philippe Yee-Chong-Tchi-Kan / 25 mai 2020

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La disparition de Maurice Cérisola a été l’occasion de me remémorer un épisode commercial, dont l’analyse marxiste est très enrichissante pour le communiste dialectique que je suis.

Par sa taille et ses “partenariats d’affaires”, le groupe de monsieur Cérisola formait un quasi monopole dans la filière avicole réunionnaise. Puis, phénomènes irréversibles1 obligent, de nouvelles enseignes ont importé des produits de centrales d’achats hexagonales, notamment un basic à succès : le poulet entier congelé. Face au défi, la réaction fut digne du capitaine : restructuration complète des outils d’élevage et d’abattage à grand renfort de subventions et de défiscalisations. Résultat : une offre de produits élaborés qui n’a plus rien à envier aux industriels européens, mais, surtout, une baisse des coûts de production ! Et, au passage, un renforcement de sa position dominante.

De fait, monsieur Cérisola ne s’est pas attaqué aux distributeurs mais à leur stratégie. Tous deux ont réussi à construire une saine relation, malgré l’adversité de leurs intérêts objectivement divergents. Ce faisant, cet épisode démontre également une capacité du capitalisme réunionnais à résister et à se défendre dans le cadre de la Double Intégration2 (institutionnelle et géographique) de La Réunion. Ce n’est ni de la naïveté, ni de l’angélisme que de le reconnaître.

Cette affaire devrait inspirer nos politiques. Il n’est pas nécessaire de s’entendre sur tout pour s’accorder sur l’essentiel. En se respectant, en dialoguant et en « jouant groupé », les Réunionnais dans la République Française ont les moyens de construire un consensus pour le développement durable et solidaire de La Réunion.

Philippe Yée Chong Tchi Kan