Rompre avec la dépendance pour sauver La Réunion
28 septembre, parConférence territoriale élargie aux forces vives face à l’évolution de la situation internationale
Langue française :
12 août 2009

10 août 1539, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, François Ier crée l’obligation des archives, de l’état-civil, de l’utilisation de la langue maternelle, et non pas française comme on l’indique souvent par interprétation.
Article 111 : « Et […], nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, […], soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties, en langage maternel (1) et non autrement ».
Bien évidemment, parlant de « langage maternel », François Ier désigne implicitement la langue d’oïl, sa langue maternelle.
Partant de là, nombre d’érudits méconnaissant l’Histoire de France et des Français ont échafaudé une légende de la langue française. Légende selon laquelle la langue française était l’idiome naturel d’un peuple, voire d’une ethnie.
La réalité est autre : une communauté d’humains vivant sur un territoire donné, la France (aux frontières encore mouvantes), pratiquait — selon les régions — une multiplicité de langues différant de la langue d’oïl.
Le « langage maternel » du Roi leur fut imposé précisément parce que François 1er et ses successeurs disposaient des forces militaires d’État, et c’est donc par la force que cette communauté humaine se trouva contrainte d’user pour les écrits officiels d’un idiome qui lui était parfaitement étranger.
Claude Duneton, que ses métiers d’enseignant (Français et Anglais), de comédien et de chroniqueur littéraire (Le Figaro) ont conduit à côtoyer nombre d’apprentis du langage, rappelle dans un essai — “La Mort du Français” — que « l’anglais, l’allemand, le castillan ou encore le toscan, qui sont aujourd’hui les langues officielles du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de l’Espagne et de l’Italie, étaient déjà comprises par la majorité de la population, dans ces pays, au XVème siècle, avant que Chaucer ne jette les bases de la langue anglaise moderne ou que Luther ne traduise la Bible en langue allemande ».
Durant tous ces siècles, à l’exception de l’Île-de-France et le Val de Loire, le français n’était que peu ou pas pratiqué en France. C’est au milieu du 20ème siècle (59 ans) que l’unité linguistique « a été à peu près achevée ». Raison principale de la réalisation de cette unité linguistique ? La centralisation. Pour réussir, pour appartenir à l’élite française, pour accéder aux postes de Direction, il fallait “monter” à Paris et, condition nécessaire et indispensable, “parler français”.
Dans un livre fameux (2), Jean-François Gravier montra les effets désastreux de cette centralisation dévoreuse d’élites provinciales : Paris se comporte « non pas comme une métropole vivifiant son arrière-pays, mais comme un groupe "monopoleur" dévorant la substance nationale ».
Ces quelques points d’Histoire visent à démontrer que l’unité de la France n’a jamais eu besoin de l’unité de la langue pour se manifester. Lors des conflits de 14-18, de 39-45, parmi les défenseurs héroïques de la nation en danger, rares étaient ceux qui parlaient le français. Les autres, la majorité, se sentaient-ils moins concernés par le destin de la nation ? Évidemment non.
Mais à La Réunion, depuis un demi-siècle, les tentatives d’éradication de la langue réunionnaise se sont toutes faites au nom d’une idéologie fraîchement baptisée « langue de l’unité nationale ».
Et c’est au nom de cette politique de bazar que la langue de l’unité réunionnaise, son ciment : le créole, a été vilipendée, méprisée, ostracisée !
Jean Saint-Marc
(1) – Souligné par nous (Ndlr)
(2) - Paris et le désert français, publié en 1947
Conférence territoriale élargie aux forces vives face à l’évolution de la situation internationale
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