Témoignages - Journal fondé le 5 mai 1944
par le Dr Raymond Vergès

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Léon de Lepervanche, de Ti Léon à cosignataire de la loi de décolonisation

samedi 19 mars 2022, par David Gauvin


A l’occasion du 19 mars, il est important de se souvenir des hommes qui ont permis cette révolution historique. A coté du docteur Raymond Vergès, il y avait un autre député réunionnais Léon de Lépervanche, le héros du Léopard.


Léon de Lépervanche a un parcours atypique, issu de la grande bourgeoisie réunionnaise, il descend de sa condition pour occuper en 1923 un emploi subalterne à la compagnie du Chemin de fer et du Port de La Réunion. Il occupera ainsi les fonctions de journalier jusqu’en 1930, il sera licencié du CPR en 1938. A la mort de son père survenu le 19 janvier 1909, Léon de Lépervanche fut élevé par sa mère née Zélie Bédier issue de la grande bourgeoisie. Élève de l’unique lycée de l’île, le lycée Leconte de Lisle, le jeune De Lepervanche possède les aptitudes requises pour aller à la conquête de diplômes importants. Mais le brillant élève arrête dès l’âge de 16 ans. Révolté sans doute par l’égoïsme de ses proches, il prend conscience de la lourde charge qu’il constitue pour sa mère et de la nécessité pour lui d’apporter sa contribution à l’édification d’un monde plus solidaire.

Influencé par la lecture des ouvrages de Karl Marx, Léon de Lépervanche s’engage dans la vie syndicale. Avec l’arrivée en France du Front Populaire, son charisme prend une véritable ampleur. Il participe activement à la fondation du puissant syndicat « La Fédération Réunionnaise du Travail » [FRT] qui regroupe bientôt 37 syndicats. Ce large front ouvrier et paysan va mener trois années de luttes sans merci pour obtenir des droits élémentaires. Léon de Lépervanche anime des cellules communistes et orchestre la résistance pendant ses déplacements en train. Cheminots, dockers, ouvriers sont ses frères de lutte. Leader incontesté, il est à la pointe du combat. Le 1er septembre 1936, une grève mobilise au Port dockers et cheminots, lesquels souhaitent bénéficier des retombées des accords passés en France à Matignon. Nouvelle grève de protestation en octobre 1936. Les négociations s’enlisent. Pour montrer sa force, la FRT organise, le 11 novembre 1936, une grande marche à Saint-Denis. Venus de toute l’île, les militants défilent pour « La Paix, Le Pain et La Liberté » en scandant « Vive le Front Populaire » et « Vive La Réunion département français ». Le succès est considérable.

Agent du CPR, Léon de Lépervanche est particulièrement bien placé pour constater les terribles ravages causés dans l’île par son dramatique sous-équipement et la grande misère de sa population qui sont la cause du taux effrayant de la mortalité infantile (369 pour 1000 en 1934) et de l’espérance de vie à la naissance qui n’atteint pas 50 ans à cette époque. Il se joint spontanément à la poignée d’hommes engagés dans le difficile combat visant à obtenir le respect des droits fondamentaux de leurs concitoyens, notamment le droit au travail et à un salaire décent, le droit sinon à la santé, du moins à la possibilité d’accès aux soins, le droit à l’éducation, au logement... Il entend également apporter sa contribution à la lutte contre toutes les atteintes aux libertés et contre toutes les formes d’arbitraire et de violence. Devant les dangers de guerre qui se précisent au milieu des années 30, il se place résolument dans le camp de ceux qui militent pour la paix. C’est donc tout naturellement qu’il rejoint à la Ligue des Droits de l’Homme, le docteur Raymond Vergès, le prince Vinh-San (empereur d’Annam exilé à La Réunion), l’inspecteur des douanes Jean Hinglo, l’instituteur Benjamin Hoarau, les frères Lucas pour ne citer que ceux-là. La Ligue des Droits de l’Homme dont les revendications essentielles tiennent dans ces trois mots : “la Paix, le Pain et la Liberté”. Pendant le régime de Vichy il a refusé de cacher ses convictions politiques. Ce qui l’a conduit devant la Cour criminelle de Saint-Denis où il a été durement condamné. Lors de l’arrivée à La Réunion des Forces Françaises Libres (FFL) le 28 novembre 1942, il prit la tête de la révolte contre le régime de Vichy et libéra la Réunion.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Léon de Lépervanche conduit avec succès une liste aux municipales du 27 mai 1945 au Port, aux cantonales du 7 octobre 1945 dans le canton de Saint-Paul. De mai 1946 à novembre 1946 il occupe le poste de président du Conseil général. Il est également élu le 21 octobre 1945 à l’Assemblée nationale constituante. Membre de la commission de la Constitution, il est cosignataire avec Raymond Vergès et les 150 membres du groupe communiste d’un certain nombre de propositions de résolution et de propositions de loi dont la plus importante est incontestablement celle du 12 février 1946 « tendant au classement comme département français de l’île de La Réunion ». Réélu député de La Réunion le 10 novembre 1946, Léon de Lépervanche siègera au Palais Bourbon jusqu’au 17 juin 1951. Revenu définitivement dans l’île fin juin 1951, Léon de Lépervanche se consacre totalement à compter de cette date à ses mandats de conseiller général et de Maire du Port. Surnommé « Ti Léon » par ses camarades, ce révolutionnaire — fondateur en 1944 du journal « Le Communiste » qui paraîtra pendant 6 ans — a oscillé tout au long de sa vie entre deux mondes, ombres et lumières : bourgeoisie et prolétariat, cheminot et député, vendeur de manioc et maire. Le 14 novembre 1961, elle le trouvera, usé à 54 ans par ses combats incessants, dans la petite case en tôles qu’il occupe alors en tant que locataire, dans la rue du Port qui passe devant l’église et qui, désormais, porte son nom. Ti Léon n’est plus… Vive Lépervanche !

« Honneur annoncer Réunion département français » Léon de lepervanche et Raymond Vergès

Nou artrouv’

David Gauvin


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Messages

  • Merveilleux ARTICLE, j’adore. Bravo, Félicitations et Merci David GAUVIN
    Bényl TAILLEMAN
    Militant Communiste de Toujours
    Non-croyant, Hébertiste et Stalinien

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