Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
8 février 2013, par

Le "JIR" évoque dans son éditorial d’hier le « risque d’embrasement général » . Yves Mont-Rouge conseille « les élus ou même les leaders sociaux » à ne pas « s’amuser à souffler sur la braise » . Mais qui a crée la braise, qui va l’éteindre et comment ? A sa place, l’an dernier, dans le tourbillon des manifestations sociales, son collègue Florent Corré avait titré sur « le réveil brutal de la société réunionnaise » , mettant en exergue l’inquiétude légitime des milieux économiques et le « silence assourdissant de la majeure partie de la classe politique » . Apparemment la situation s’est empirée si on lit sa consœur de l’économie, Séverine Dargent, dans l’édition du 28 janvier. Elle ne fait pas dans la dentelle avec son titre choc : « Démographie et emploi : la maison brûle et nous regardons ailleurs... » .
L’examen de ces trois éditoriaux est très éclairant, car il ne s’agit plus de colporter des informations, mais une tentative de débattre de la sortie de crise, d’interroger l’avenir, d’assumer sa part de responsabilité, en somme.
A la base, il y a le constat que le modèle économique actuel ne crée plus assez d’emplois et que les élus se tournent vers l’Etat pour obtenir le plus d’emplois aidés possible. Le pire, c’est qu’en dehors ces « emplois aidés » qui agitent les nuits de beaucoup, il y a le vide absolu. A minima, en restant dans le cadre politique obsolète actuel, « le silence assourdissant de la majeure partie de la classe politique » n’a d’égal que les fracas des projets cassés : la rocade du Tampon, l’hippodrome de Cambaie à Saint Paul, le Zénith et le Pôle Océan à Saint-Denis, le Tram-train, la MCUR, le photovoltaïque, la géothermie, l’AA380 à 840 places, le prolongement de la route des Tamarins en altitude et la suppression des radiers submersibles. Tous ces projets étaient déjà dans les tuyaux et auraient pu apporter une bouffée d’oxygène à une économie moribonde.
Malgré tout, si ces projets avaient vu le jour, cela n’aurait quand même pas réglé le problème de fond posé en ces termes par Séverine Dargent : « comment changer notre modèle économique pour relancer rapidement, massivement, et durablement la création d’emplois marchand pérennes, seuls susceptibles de présenter de réelles perspectives d’avenir pour nos jeunes ? » Elle ne s’aventure pas à décliner les solutions concrètes mais souligne que ne pas faire le changement signifierait que, collectivement, nous avons décidé de « sacrifier l’avenir de la jeunesse de notre île » .
Certes, mais sans rapport de force, il sera difficile de faire bouger un Etat ankylosé. Florent Corré ne dit pas autre chose quand il rappelle l’œuvre du COSPAR qui a fait plier l’Etat. Yves Mont-Rouge ne doit pas craindre les manifestations « embryonnaires » dont le but est d’arriver à ce rapport de force susceptible de créer les conditions du changement. Les créatures médiatiques sont devenues étrangement silencieuses. Est-ce à dire que la diversion est fini ?
A 2 semaines de l’examen du projet de loi de réforme institutionnelle, Albert Ramassamy fustige, dans le "JIR" de mercredi, le silence de la classe politique. L’effort du Sénateur Paul Vergès dans la défense des intérêts fondamentaux de La Réunion doit être soutenu dans sa démarche qui ne s’arrête pas à quelques emplois aidés supplémentaires. Qu’importe le jugement sur le contenu, c’est au moment décisif qu’on mesure l’action de ceux qui orientent l’avenir. A ce stade, les braises entretenues sont salutaires contre la surdité de la classe politique, ici comme à Paris.
Ary Yee Chong Tchi Kan
Nos peines
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