Edito

Les Guyanais demandent la responsabilité, pas la « loi Bareigts »

J.B. / 6 avril 2017

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Hier matin, la trentaine de manifestants qui avait passé la nuit dans le Centre spatial guyanais a levé le camp. « On a voulu montrer que l’on pouvait prendre possession de tous les espaces, même stratégiques, de Guyane. C’était une démonstration de force », a indiqué Manuel Jean-Baptiste, membre de la délégation reçue au CSG.

Pendant ce temps, le Conseil des ministres prenait acte des mesures contenues dans la déclaration de Bernard Cazeneuve lundi, dont notamment un plan d’urgence d’un milliard d’euros dont l’affectation sera décidée en partie par l’État, 500 millions d’euros étant attribué à la Collectivité territoriale de Guyane, a indiqué Ericka Bareigts.

Le résultat du Conseil des ministres est loin de correspondre aux attentes des Guyanais. Sur le plan d’urgence, ils ont refait leurs calculs. Ils ne demandent plus 2,5 milliards d’euros mais 3 milliards. Pour faire avancer leur cause, ils appellent à un grand rassemblement demain devant la préfecture de Guyane à Cayenne.

Au-delà de la question des moyens financiers, le mouvement social a renforcé considérablement le sentiment identitaire du peuple guyanais. Interrogés à leur sortie du centre spatial, les membres de la délégation ont abondé dans ce sens. En effet, dans les manifestations, toutes les composantes de la société guyanaise sont présentes. Elles s’unissent autour de revendications mais aussi d’un drapeau, de chants et de mots d’ordre communs. Une conséquence logique est la revendication de plus d’autonomie.

Le gouvernement ne semble pas avoir pris la mesure de cette dynamique. Le passage en Guyane de deux ministres s’est conclu sur un échec. Aucun accord n’a pu être trouvé, et le mouvement de grève générale a été reconduit. Son retentissement est maintenant international avec la mobilisation devant le centre spatial guyanais. Le décalage entre Paris et les préoccupations de la population outre-mer s’amplifie. Ainsi Saint-Denis, des personnes au service d’une ministre en campagne pour les législatives distribuent des tracts vantant une « loi Bareigts » sur l’égalité réelle. La crise en Guyane souligne bien que la solution ne réside pas dans la « loi Bareigts », mais dans la prise en compte des revendications des peuples des outre-mer.