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Les iles Salomon, un archipel au coeur des tensions dans le Pacifique

samedi 27 novembre 2021, par David Gauvin


Le gouverneur général des îles Salomon a annoncé vendredi un couvre-feu nocturne de la capitale Honiara, après trois jours de manifestations et d’émeutes qui ont plongé cet archipel du Pacifique dans le chaos. De son côté, la police locale a eu recours à des tirs de sommation pour empêcher des manifestants d’atteindre la résidence privée du Premier ministre Manasseh Sogavare, dont ils exigent la démission.


Les émeutes ont débuté mercredi, quand des centaines de personnes ont manifesté pour réclamer la démission du premier ministre avant de se rendre dans le quartier chinois de Honiara, qui compte 80 000 habitants. Les causes de ces émeutes sont multiples. Parmi elles, la colère vis-à-vis du gouvernement, les difficultés économiques aggravées par la pandémie de Covid-19 et la rivalité historique entre les habitants de l’île la plus peuplée du pays, Malaita, et celle de Guadalcanal où est basé le gouvernement. Les habitants de l’île de Malaita ont le sentiment d’être abandonnés par le gouvernement central et les différends se sont intensifiés quand, en 2019, le gouvernement de M. Sogavarea a décidé de ne plus reconnaître diplomatiquement Taïwan mais la Chine.

Les Îles Salomon, parfois simplement appelées les Salomon, sont un État de Mélanésie situé à l’est-sud-est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. C’est une monarchie membre du Commonwealth.
Les îles qui composent ce pays se trouvent essentiellement en mer des Salomon et en mer de Corail. Il est constitué d’une douzaine d’îles principales et de près d’un millier d’îles plus petites situées à cheval sur deux archipels : l’archipel des îles Salomon pour la majorité du pays et les îles Santa Cruz pour la province de Temotu. Les Salomon sont une démocratie parlementaire fondée sur le système de Westminster — c’est-à-dire largement inspirée du modèle politique britannique. Les Salomon étant l’un des seize royaumes du Commonwealth, le chef d’État est un monarque, le roi ou la reine des Salomon. Cette monarchie est liée à la monarchie britannique, le monarque britannique — actuellement Élisabeth II — portant ainsi la Couronne salomonaise. Les fonctions du monarque, en son absence, sont délégués à un gouverneur général, nommé par la reine sur recommandation du Parlement. Les fonctions du monarque et du gouverneur général sont cérémonielles et symboliques.

Les Iles Salomon sont prises dans l’engrenage d’une bataille diplomatique que joue l’Occident contre la Chine populaire. Depuis leur indépendance en 1983, les îles Salomon entretenaient des liens diplomatiques avec Taipei. En 2019, le gouvernement a décidé de rompre ce lien, et de reconnaître le pouvoir communiste de Pékin en tant que représentant légitime de la Chine. 
Taiwan est une province chinoise, l’île a servi de base de repli aux forces nationalistes chinoise après leur défaite face à l’armée populaire. Depuis lors que ce soit le Parti communiste Chinois ou le Kuamintang revendiquent la réunification du territoire chinois. C’est pourquoi Pékin fait de la reconnaissance de sa souveraineté sur la Chine, le préalable à l’établissement de relations diplomatiques avec d’autres pays. La décision du gouvernement des Iles Salomon avait alors provoqué le ressentiment d’une partie de la population, qui entretenait des relations étroites avec Taipei. 

Cette stratégie diplomatique a des conséquences directes sur la politique intérieure de l’archipel. L’île de Malaita, l’une des neuf provinces formant les Iles Salomon, dont la population était proche de Taïwan, envisage désormais d’organiser un référendum pour son indépendance. Des habitants de Malaita sont d’ailleurs suspectés d’avoir pris part aux émeutes. Et le dirigeant de la province de Malaita, Daniel Suidani, a accusé le Premier ministre d’être l’homme de Pékin, affirmant qu’il avait "placé les intérêts étrangers au-dessus de ceux des habitants des îles Salomon". Les Iles Salomon avaient sombré dans des violences interethniques au début des années 2000. De nouvelles tensions avaient entraîné le déploiement entre 2003 et 2013 d’une force de maintien de la paix dirigée par l’Australie. Des émeutes avaient notamment éclaté dans le quartier chinois de Honiara lors des élections législatives de 2006. Elles faisaient suite à des rumeurs selon lesquelles des entreprises proches de Pékin avaient truqué le vote. Selon la BBC, en 2006, la communauté chinoise aux Iles Salomon représentait quelques milliers de gens sur une population de 500 000 personnes. Toutefois, il s’agissait déjà de familles bien implantées, certaines ayant vécu dans les Iles Salomon depuis plusieurs générations. Mais dans les années 2000, l’arrivée de nouveaux Chinois immigrés, venus aux Iles Salomon pour faire des affaires, a causé des tensions. Et la Chine comme Taïwan étaient alors accusées d’avoir encouragé cette situation, afin de convaincre certains responsables de servir leurs intérêts diplomatiques. Le néocolonialisme a encore de beau jour devant lui. L’Occident continue à se servir de population pauvre pour préserver ses intérêts. D’ailleurs 15 000 policiers australiens ont été déployés sur archipel hier… un premier pas vers la mise en place d’un protectorat ???? L’histoire regorge de situation identique.

L’histoire ne se répète pas comme une fatalité, mais parce que les hommes tolèrent que les atrocités se reproduisent. Marc Levy

Nou artrouv’

David Gauvin



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