Edito

Les lendemains qui déchantent

David Gauvin / 10 avril 2021

Nous vivons la plus grande crise sanitaire de l’ère moderne. Mais adossée à elle s’ajoute une crise économique et sociale jamais vue. Pour faire face à l’urgence, le gouvernement a « fait tourner la planche à billet ». Mais demain, il faudra retrouver des équilibres budgétaires, et pour se faire des mesures devront être prises. Mais la question est : au préjudice de qui ?

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Face à la crise du Covid-19, l’État a mobilisé des moyens exceptionnels d’une ampleur inédite en temps de paix pour protéger les Français et prévenir un effondrement économique et social. Le coût de la crise devrait faire bondir la dette publique à plus de 120 % du produit intérieur brut (PIB). En 2020, l’État (sans compter les dépenses de Sécurité sociale) a dépensé un peu plus de 44 milliards d’euros pour faire face à la crise, ce qui porte le déficit à un montant record de 178 milliards d’euros. Comme annoncé, la majeure partie de ces sommes a été allouée aux deux mesures phares : l’activité partielle (avec un coût global de 23 milliards d’euros en 2020) et le fonds de solidarité (pour près de 12 milliards d’euros).

La dépense a été financée par de l’endettement en l’absence de réserve disponible dans les caisses de l’Etat. Si l’endettement n’est pas aujourd’hui perçu comme un problème c’est que nous bénéficions d’un environnement extrêmement favorable à plusieurs titres. D’abord, les taux d’intérêt sont très bas voire négatifs depuis un certain nombre d’années en raison d’un excès d’épargne au niveau mondial et d’un investissement insuffisant. S’endetter peut donc sembler indolore, car chaque année la charge d’intérêt de la France baisse. D’autre part, dans le contexte de crise, la France a réussi à s’endetter de façon exceptionnelle, notamment par l’action massive de la Banque centrale européenne (BCE), qui a lancé en mars 2020 un programme de rachat de dettes souveraines pour contrer le risque de déflation dans la Zone euro, à l’instar des autres banques centrales dans le monde. Ainsi, près de 80 % de la dette émise par la France en 2020 a en réalité été rachetée par les banques centrales. Ce niveau d’endettement fait courir de grands risques à la France.

De toute façon, il n’y a que deux façon de diminuer un endettement, soit baisser les dépenses soit augmenter les recettes. Le choix politique a été de baisser les dépenses et l’on voit que les premières mesures sont déjà à l’œuvre. D’abord la réforme de l’assurance chômage qui dot aboutir à 1,9 milliard d’économie, donc 1,9 milliard d’allocation que ne toucheront pas les allocataires. Ensuite, depuis janvier les prestations logements ont été réduites par une mesure technique. Cela va aboutir à 2 milliards d’économie. Ce ne sont que les prémices d’une grande politique de casse sociale. Le poids de la crise sera porté par les plus faibles de nos concitoyens, ce doit être ça la « start up nation ».

Alors que se profilent les élections régionales, nous devons nous poser les mêmes questions. Qui va rembourser la demi-route suspendue, que va-t-on faire de l’endettement d’Air Austral, comment allons nous financer notre révolution économique ? La question fondamentale d’une fiscalité réunionnaise au service du développement doit être au cœur de nos réflexions.

« Une idée de projet sans idée de financement est un projet mort. » Édith Boukeu

Nou artrouv’

David Gauvin