Edito

Les Mahorais, relégués de la République

Philippe Yee-Chong-Tchi-Kan / 5 juin 2020

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Les Mahorais sont bien loin d’être considérés comme des Français !
Je ne parle pas de la décolonisation inachevée de l’archipel des Comores où la France est fautive d’une situation inextricable : celle qui a fait des Mahorais des citoyens irrémédiablement français, sur une île, Mayotte, indéniablement comorienne. La solution politique émergera – ni de Paris ni de l’ONU mais – du dialogue responsable entre voisins et frères.

J’évoque ici l’esprit qui anime la France à l’égard de ses anciennes colonies, et qu’Annick Girardin incarne bien malheureusement. J’admire la personnalité de la Ministre-pompier qui affronte les feux populaires et en ressort tête haute. Mais j’abhorre la condescendance coloniale qu’elle convoie.
Le 28 novembre 2018, Annick Girardin déclarait : « La Réunion est une fille de la République ». Non Madame. La Réunion est la République. Depuis le 19 mars 1946, il n’y a plus, d’un coté, la Métropole (la « mère patrie ») et, de l’autre, les outremers (ses enfants à jamais mineurs). Désormais, la République Française est formée de l’Hexagone, de la Corse et de 5 ex-colonies départementalisées, égaux en droit.
De plus, à cette infantilisation du schéma Mère/Fille, Annick Girardin ajoutait un rapport de chantage affectif explicite : « Et cette fille de la République, moi, je l’aime » (sic).

A Mayotte, le Covid-19 éclaire la relégation sociale et sanitaire des Mahorais par la France. A moins de 4 ans du cinquantenaire du référendum d’indépendance des Comores, et à moins d’un an de 10 années de la départementalisation de Mayotte, 85 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté ; 50 % sont illettrés ; l’adduction d’eau potable et l’assainissement collectif des eaux usées sont des arlésiennes ; les enfants vont à l’école par rotation (oui !) car il n’y pas assez de classes…
Enfin, l’histoire révélera quelle était la véritable mission du Mistral et pourquoi il a été rappelé alors que la crise sévit toujours chez les Mahorais.

Philippe Yee Chong Tchi Kan