Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
5 mai 2011

Prononcée en son temps par Jacques Chirac, cette petite phrase au cynisme revendiqué doit fournir un sujet de méditation à quelques-uns — et non des moindres — parmi ceux qui comptent dans la vie économique, sociale et culturelle de notre pays.
Revenons un tout petit peu plus d’un an en arrière : une certaine bienveillance, pour ne pas dire un certain engouement entourait la victoire de Didier Robert aux élections régionales. Abandonnant comme avec délice toute raison, toute analyse, et bien souvent, toute retenue, les médias nous chantaient les vertus du nouveau, assurant que le mouvement et la dynamique allaient succéder à l’immobilisme qui, disaient-ils directement ou à mots couverts, avait caractérisé l’action des mandatures précédentes. Une mauvaise foi patentée qui, a fortement remarqué notre ami Raymond Lauret, constitue toujours le fonds de commerce (unique ?) de la direction régionale.
Il faut dire que le candidat Didier Robert n’avait pas été avare de promesses. Au BTP, il promettait monts et merveilles, chantier de la route du Littoral et des fameux « deux mille bus » dans chaque écart, ville, village et trou bébèt. Un an plus tard, le BTP agonise, privé du chantier du tram-train. Et il faudrait être un sacré naïf pour s’imaginer que la route du Littoral à la hauteur vertigineuse et aux 6 voies plus chemin de fer annoncée par le président de la région s’élèvera un jour on ne sait combien de mètres au-dessus des flots. Ayant renoncé à la clause qui aurait fait assumer les immenses surcoûts à venir par l’État, M. Robert s’est finalement engagé à faire beaucoup plus que le projet précédent, avec beaucoup moins d’argent. De cette opération, où le Premier ministre, grigou mais comique, avait relevé les qualités de « redoutable négociateur », ne sortiront, on en prend le pari, que des millions gâchés en « chères » études qui finiront aux oubliettes de la mémoire.
Elles y rejoindront d’ailleurs les 2.000 bus, que M. Robert qualifie désormais de « chiffre théorique ». C’est culotté, mais Mme Couapel-Sauret, chargée des fameux bus, fait encore mieux : elle n’a, dit-elle, « jamais entendu parler » des 2.000 cars. On pourrait longtemps égrener les promesses passées à la trappe : prenons, par exemple, l’engagement pris par le candidat Didier Robert, de résoudre le problème des assistants d’éducation. C’était l’époque où l’on faisait mine d’avoir oublié l’appartenance de M. Robert au Gotha de l’UMP : « Didier », entendait-on çà et là, allait tout régler. Les précaires en lutte, on s’en souvient, eurent droit à un tapis de promesses, au droit de planter leurs tentes quelques jours dans la pyramide inversée et un accès — illimité il est vrai — à la machine à café. Puis ils furent priés d’aller se faire voir ailleurs : Marie-Luce Penchard arrivait, et il n’aurait pas été de bon ton qu’elle trouvât un campement d’allure Romanichel dans le seul palais de région pris par le parti présidentiel aux élections de mars 2010.
Résumons : ceux qui ont reçu les promesses de bus, de routes, de régularisation et on en passe, ne peuvent, selon l’adage chiraquien, s’en prendre qu’à eux-mêmes. Qui seront les prochains bénéficiaires de cette anti-morale politique ? Certainement pas les transporteurs. Avant la tenue de la table ronde de cette semaine, le président de la région avait tenté d’apaiser et d’appâter professionnels et usagers de la route, par la promesse d’un fonds de deux millions pris dans les caisses publiques. Joël Mongin, qui avait appelé à voter pour lui il y a un an, y voyait enfin venir le renvoi d’ascenseur tant attendu. Ce qui devait arriver arriva : au moment décisif, le représentant de la région sortit de son chapeau un argumentaire particulièrement tortillé pour annoncer que, tout bien réfléchi et pesé, la manne annoncée ne viendrait pas. On imagine mal, désormais, les transporteurs se faire avoir par de nouvelles promesses…
G.G-L.
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