Edito

Les Réunionnais condamnés à rester des spectateurs de la France ?

Manuel Marchal / 18 février 2020

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Le ministre français des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian, sera à partir de demain dans notre région. Il doit se rendre à Maurice, Madagascar et au Mozambique, du 18 au 22 février 2020.
Le 20 février à Antananarivo, il participera à l’inauguration de la première antenne du Conseil Départemental de Mayotte à Madagascar. Cette antenne se situera dans l’Ambassade de France, précise « le Journal de Mayotte ». « Outremers360 » ajoute que cet événement a lieu dans le cadre de l’Année malagasy à Mayotte.

Cette visite chez nos voisins rappelle tout d’abord que pour le moment, la France est seule maîtresse à bord en matière de relations avec les pays les plus proches de La Réunion. Il est clair que cette tournée a deux objectifs : le déploiement de l’axe Indo-Pacifique visant à contrer la Chine, et l’appropriation par la France des îles Malgaches du Canal du Mozambique et de leurs richesses. Pas plus tard que le 13 février, Nosy Sambatra, appelée Ile Glorieuse par les Français, était encore à l’ordre du jour de l’agenda du président de la République. Emmanuel Macron a annoncé la création d’une réserve naturelle dans cet archipel. Cette méthode n’est pas sans rappeler celle des occupants britanniques des Chagos, qui ont eux aussi créé une réserve naturelle qui n’est qu’un obstacle supplémentaire à la décolonisation de ce pays et au retour de son peuple sur sa terre natale.
Rappelons que lors de sa tournée à Mayotte et à La Réunion l’an dernier, le président français avait marché sur une terre où sont enterrés des Malgaches, Nosy Sambatra, en prétendant que c’était la France !
L’escale d’un ministre français au Mozambique et à Madagascar touche deux pays proches des îles que la France a refusé de restituer à Madagascar lors de la fin officielle de la colonisation du pays en 1960, proches aussi de Mayotte où la France a maintenu son administration en dépit du choix des Comoriens d’être indépendants en 1974, lors d’un scrutin dont les règles avaient été faites par les autorités françaises !

Voilà pour le contexte, quant à la place de La Réunion dans cette visite ?
Tous ces échanges auront lieu loin des regards des Réunionnais qui sont pourtant les premiers concernés. Les Réunionnais seront-ils encore relégués au simple rang de spectateurs d’une stratégie qui leur est imposée ? Leur participation se limitera-t-elle à quelques élus et patrons soutenant la stratégie française ? Il est grand temps de changer de logiciel, car ce genre de visite contribue à montrer à nos voisins que les Réunionnais ne sont pas capables de discuter avec eux de sujets importants.

M.M.