Edito

Les sortants discrédités après le score de Le Pen à La Réunion

J.B. / 26 avril 2017

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Pour la seconde fois en 15 ans, un candidat de l’extrême droite est qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. Or cette année, le score obtenu par Marine Le Pen à La Réunion correspond à quelques points près à celui recueilli à l’échelle de la République. En 2002, c’était loin d’être le cas, car le candidat du FN n’avait pas réussi à atteindre 4 % des suffrages à La Réunion, alors qu’il était crédité de 17 % des voix en France.

Dans son édition d’hier, Témoignages a rappelé que cette évolution correspond à un contexte. En 2002, le PCR était un rempart qui permettait au vote protestataire de se rassembler autour de la candidature soutenue par le Parti communiste réunionnais. En effet, en 2002, La Réunion était déjà touchée depuis longtemps par le chômage de masse, le manque de logement, la vie chère et un taux de pauvreté proche de 50 %. Mais à l’époque, le candidat soutenu par le PCR avait frôlé 40 % des suffrages, réalisant un score 2,5 fois plus important que sur tout le territoire de la République, tandis que le vote Le Pen était contenu à un niveau faible. Ceci souligne la responsabilité de ceux qui ont œuvré à l’affaiblissement du PCR et à l’attaque portée contre la Région en 2010. En effet ils ont détruit un rempart de projets sans être capables de construire quelque chose d’équivalent qui aurait pu donner satisfaction à la population. La déception vis-à-vis de cette incurie politique a fait monter l’extrême droite.

Une autre différence fondamentale entre ces deux scrutins est le comportement de la population et des élus. En 2002, dès le lendemain du premier tour, des rassemblements spontanés de lycéens avaient donné le ton de la mobilisation pour faire barrage à l’extrême droite. Les élus étaient tous unanimes à soutenir le front républicain. Associations et syndicats avaient aussitôt réagi pour aller dans ce sens. Mais cette unanimité et cette mobilisation ne sont pas au rendez-vous cette année.

23,5 % des suffrages sont allés à l’extrême droite, il est clair que ces électeurs rejettent la politique menée au cours de ces dernières années. Cette politique n’est pas le fruit du hasard, elle a été menée par des élus du PS et de ses alliés qui ont soutenu le gouvernement. Et aujourd’hui ces sortants, députés et ministres, se précipitent tous pour appeler à voter pour Emmanuel Macron. Toute honte bue alors que ce dernier était un adversaire de la gauche.

Mais qu’ont-ils fait pendant cinq ans pour répondre aux attentes de la population ? Le vote Le Pen à La Réunion a fini par les discréditer.

J.B.