Edito

Libérez la presse de notre pays !

Julie Pontalba / 10 juillet 2020

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Le journal Témoignages a fêté ses 76 ans cette année. Il a traversé la vie de ce pays cahin-caha. Il a su résister. Il a tenu bon grâce au militantisme d’hommes et de femmes engagés, des rédacteurs aux distributeurs. Tout le monde, bénévoles et lecteurs, était conscient de l’orientation politique de ce journal. A cause de sa ligne éditoriale, le journal Témoignages a connu une longue et dure période de censures et d’attaques de la part des pouvoirs étatiques en place. Il a été saisi 47 fois. L’un de ses directeurs, Paul Vergès a été poursuivi et condamné à de la prison ferme, simplement parce qu’il avait repris un article d’un journal parisien. Par ailleurs, homme public, Paul Verges était privé de tout passage à la télé et à la radio publique, il était censuré à cause de ses idées politiques. Le combat pour la liberté de la presse, la liberté d’expression et d’opinion a été très long, mais il semblait être enfin acquis à la fin des années 80.

Or, que constatons-nous depuis quelques mois ? Plusieurs millions de fonds publics ont été versés à certains journaux locaux par le président de Région, engagé dans une campagne municipale. Il a instrumentalisé les difficultés réelles de la presse à son profit politique. Jugez vous-même.

En effet, si le JIR a toujours eu une ligne éditoriale proche du président de Région actuel, ce n’était pas le cas du Quotidien qui se revendique être un journal indépendant. Mais depuis septembre de l’année dernière, le SNJ (syndicat, national des journalistes) a rendu public plusieurs communiqués pour appeler au respect et à l’indépendance des journalistes. Il dénonce le changement radical intervenu dans la ligne éditoriale du Quotidien, sans concertation. Les journalistes se sont mis grève pour protester contre les pressions, les censures et coupures dans leurs articles. Une pétition a même été mise en ligne en janvier 2020 intitulée : L’indépendance n’a pas de prix ! On peut y lire notamment les phrases suivantes : « Les faits de censures et de « traficotages » d’articles pour les rendre favorables à des élus ou à des groupes économiques puissants se multiplient. Sur les quarante dernières années, c’est la première fois que ces pressions trouvent un accueil aussi favorable auprès des directions des titres de presse ».

Les faits sont extrêmement graves : atteinte aux libertés de la presse, d’information, d’opinion et si les faits sont avérés il s’agit par ailleurs d’utilisation, voire de détournement, de l’argent public à des fins personnelles ou de propagande politique. Un plan de sauvetage de toute la presse en difficulté, sans parti pris, aurait été plus juste et compréhensible. Mais, l’objectif est visiblement ailleurs. La justice devrait agir pour permettre à la presse de retrouver toute son indépendance et la libérer de la boulimie de pouvoirs de personnes sans scrupule.

Julie Pontalba