Logement social : En finir avec la mascarade des « crédits fictifs »

25 avril, par David Gauvin

L’alerte lancée par l’ARMOS sur la Ligne Budgétaire Unique (LBU) pour 2026 est un signal d’alarme que personne ne peut ignorer. Sous l’austérité comptable se cache une réalité brutale : le droit au logement des Réunionnais est devenu la variable d’ajustement de Bercy. Il est temps de démonter ce mécanisme d’oppression budgétaire et d’exiger la seule issue viable : la responsabilité territoriale.

1986-2026 : De la conquête à la confiscation

La LBU n’est pas un cadeau. C’est une conquête historique de 1986 visant à sanctuariser les fonds de la Francepour l’habitat dans les anciennes colonies devenues collectivités françaises. Mais en quarante ans, l’outil a été dénaturé.

Le décrochage : Dans les années 90, la LBU couvrait près de 80 % du financement des opérations. Aujourd’hui, elle plafonne entre 15 % et 20 %.

L’érosion par l’inflation : Entre 2021 et 2026, avec un coût des matériaux en hausse de plus de 20 %, l’enveloppe globale de 240 millions d’euros (pour les anciennes colonies devenues collectivités françaises) a perdu un tiers de sa force de frappe. Mathématiquement, l’État nous demande de loger plus de monde avec 30 % de capacité de construction en moins.

Le scandale des « crédits fictifs »

Le piège le plus pervers réside dans la différence entre les promesses et la caisse. Paris joue sur deux tableaux pour masquer son désengagement :
Les Autorisations d’Engagement (AE) : Les millions « paillettes » votés au Parlement pour l’affichage politique.
Les Crédits de Paiement (CP) : L’argent réel qui sort des caisses.

Le bilan des 5 dernières années est sans appel : l’écart entre ce que l’État promet et ce qu’il paie réellement ne cesse de se creuser.
Année

Année AE (La promesse globale) CP (Le réel décaissé) L’écart “fictif” (Crédits annulés)
2021 243 millions d’euros 210 millions d’euros - 33 millions d’euros
2023 250 millions d’euros 198 millions d’euros - 52 millions d’euros
2025 (est.) 240 millions d’euros 175 millions d’euros - 65 millions d’euros

Chaque année, des dizaines de millions d’euros retournent au Trésor Public sous prétexte de « sous-consommation », alors que ce sont les verrous administratifs de l’État (normes inadaptées, délais DEAL) qui bloquent les chantiers.

La preuve par l’histoire : Le miracle des lycées

À ceux qui doutent de l’ingénierie locale, rappelons l’épopée de la régionalisation. Quand la Région Réunion a pris la main sur les lycées, elle a hérité d’un parc en ruines.

Le résultat : 30 lycées construits ou rénovés en 15 ans.
* La méthode : Un pilotage direct et une décision locale qui ont permis de livrer des structures modernes en 3 à 5 ans, là où l’État s’enlisait sur une décennie. Si nous avons su bâtir les temples de l’éducation, nous saurons bâtir les murs de la dignité.

Pour un Fonds d’Urgence Logement Régional

L’argent du logement social existe, mais il est capté par des circuits nationaux.
Le Livret A : Avec plus de 5 milliards d’euros d’encours à La Réunion, l’épargne des Réunionnais doit servir aux Réunionnais.
Le 1 % Logement : Les 30 millions d’euros collectés annuellement auprès de nos entreprises doivent être sanctuarisés ici.
Voici une proposition : Fusionner la LBU, la part locale d’Action Logement et les prêts bonifiés dans un Fonds d’Urgence Logement géré par la Région dans le cadre du CPER. C’est le seul levier pour éradiquer le mal-logement en 10 ans et offrir au BTP une visibilité pluriannuelle vitale.

Conclusion : Le choix de la responsabilité

Ce n’est pas une demande de subvention, c’est une revendication de souveraineté de bâtisseur. Soit nous acceptons la tutelle d’un État qui nous promet la lune pour mieux nous couper les vivres, soit nous exigeons la responsabilité de construire notre pays.
« La responsabilité n’est pas un fardeau que l’on reçoit, c’est une liberté que l’on s’octroie pour bâtir son propre destin. »

Place aux bâtisseurs réunionnais.

Nou artouv’

David Gauvin

A la Une de l’actu

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus