Edito

Loi contre le séparatisme : entre le racisme d’Etat et le retour de Debré

Mathieu Raffini / 22 juillet 2020

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Lors de son premier grand discours devant l’Assemblée Nationale amenant au vote de confiance envers le gouvernement, Jean Castex, le Premier ministre, a annoncé la mise en place prochaine d’une loi « contre le séparatisme ethnique et/ou religieux ».

La première observation simple à faire de l’annonce de cette loi est le basculement vers la droite extrême du gouvernement, qui non content d’être ultra-libéral et déjà réactionnaire, s’enlise ici dans le terreau préféré des fascistes : la provocation à la haine raciale, en appelant à une loi répressive envers tous celles et ceux pouvant menacer l’Etat par leur volonté séparatiste. Et évidemment, on ne parle pas ici de Jean-Eudes vivant à Neuilly-sur-Seine. Ce sont les personnes non blanches et les musulmans, épouvantails de l’extrême-droite depuis de nombreuses années déjà qui sont visés par cette loi.
Outre le contexte latent de ces dernières années en France, les succès des marches antiracistes, notamment organisées par le Comité Adama et en soutien des multiples victimes de la police raciste en France comme aux Etats-Unis peuvent expliquer la volonté gouvernementale de mettre en place cette loi répressive et extrêmement dangereuse pour la démocratie comme pour la « paix sociale », en matant ces mouvements à la source.

Mais attardons nous un instant sur les conséquences que cela pourrait avoir à La Réunion. En plus des éléments déjà cités auparavant, qui mettront d’autant plus à mal notre vivre-ensemble qui n’est déjà rien d’autre qu’un mirage, il faut s’attarder sur la question du séparatisme ethnique.
Qu’entend donc le gouvernement par-là ?
Les Réunionnais constituant un peuple, nous pourrions donc être considérés comme une ethnie. Et la volonté de s’émanciper de la France, par la bataille pour l’autonomie pourrait être considérée comme une velléité séparatiste de notre part.
Et cela nous ramène directement à une période sombre de notre histoire : la répression sous Debré, où la bataille pour l’autonomie de notre peuple était considérée comme une volonté séparatiste, qui a été combattue par les méthodes que l’on connait et qui a tant fait souffrir notre peuple.
Et si c’était justement un des principaux volets ignorés de cette annonce de future loi ?

En effet, nous allons potentiellement connaître en octobre un événement exceptionnel dans l’histoire de la décolonisation selon les résultats du referendum d’autodétermination de Kanaky-Nouvelle Calédonie.
En fonction de la sortie des urnes, c’est tout l’empire colonial français qui se retrouverait menacé, et les néo-colonies restantes pourraient bien s’inspirer de l’exemple kanak et chercher à s’émanciper partiellement ou totalement de la tutelle française. Dès lors, le gouvernement s’affolant, il pourrait, pour maintenir son empire invoquer la clause de séparatisme ethnique pour réprimer toute volonté d’émancipation.

Alors, avons-nous à craindre de nouvelles dérives racistes de ce gouvernement ? C’est évident.
Les néo-colonies, dont La Réunion risquent-elles de retomber sous une chape de plomb de répression anti autonomistes/indépendantistes (en fonction du contexte de chaque pays évidemment) ? C’est malheureusement une des craintes qui est à prendre en considération avec cette annonce du gouvernement.

Mathieu Raffini