Edito

Lutte pour la liberté de la presse : La Réunion toujours concernée

J.B. / 9 août 2018

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Une mobilisation s’est mise en place pour soutenir Faïza Soulé Youssouf. Elle est une journaliste comorienne mise en cause publiquement par le ministre de l’Intérieur de son pays en raison d’un article paru dans « Le Monde » et pour ses reportages, comme le précise le SNJ-Réunion. Elle a notamment rendu compte de violences dans un bureau de vote lors du dernier référendum constitutionnel.

Ceci rappelle que les pays de notre région ont des points communs dans leur histoire. En effet, la violence lors des élections était une constante à La Réunion. Les mandataires communistes étaient expulsés des bureaux de vote par la force, et les résultats montraient l’ampleur de la fraude. Ainsi lors des municipales de 1965, il n’était pas rare que les listes soutenues par le pouvoir étaient créditées dès le premier tour de plus de 90 % des suffrages. Le sentiment d’impunité des fraudeurs était tel qu’ils pouvaient se permettre d’écrire que la liste soutenue par le PCR avait obtenu moins de « voix » que le nombre de ses membres.

A cette époque, « Témoignages » était le seul journal à dénoncer la fraude électorale. Les autres médias reprenaient à leur compte les résultats donnés par le pouvoir, et annonçaient des « raz-de-marée » en faveur des candidats opposés aux communistes. Il fallut alors un long combat pour que le suffrage universel puisse être rétabli à La Réunion. Cela fut marqué notamment par la participation de journalistes qui soutenaient le pouvoir à l’Association pour le déroulement normal des opérations électorales (ADNOE). Le crime contre la démocratie était trop grand pour ne plus faire face à un rassemblement qui dépassait largement les communistes.

Mais La Réunion n’est toujours par un pays que l’on peut classer comme développé. Dans notre île, près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. C’est une conséquence du chômage de masse. Cette situation fait que le combat pour la liberté d’expression est toujours d’actualité. « Témoignages » reste toujours victime de l’ostracisme de responsables politiques qui restent opposés à la liberté de la presse à La Réunion. Ces mêmes responsables politiques profitent du non-développement de La Réunion pour faire pression sur des médias, car les collectivités en sont parmi les principaux annonceurs.

C’est pourquoi la lutte pour la liberté de la presse est une cause commune dans les îles de l’océan Indien, et notamment à La Réunion.

J.B.