Edito

Madagascar a besoin de partenaires pour son autosuffisance alimentaire : la Région Réunion en dessous de tout

Manuel Marchal / 23 janvier 2020

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« L’Express de Madagascar » d’hier annonce la signature d’un accord entre l’État et un groupe des Emirats arabes unis. Voici un extrait précisant l’objectif de ce partenariat :

« Afin d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, le ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche s’est engagé en partenariat avec le groupe Elite Agro LLC. Le Mémorandum d’entente souligne que l’exploitation concerne 60 000ha de terrain dans le Bas Mangoky et il y est attendu la production annuelle de 350 000t de riz, 200 000t de maïs, 150 000t de blé, 300 000t de soja, 20 000t de pois de cap et 30 000t d’arachide », détaille le communiqué du ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche. La contribution de l’État malgache est relative à « la mise à disposition » du terrain sous forme de « prêt » et le groupe Elite Agro LLC se charge de l’aménagement, de la culture proprement dite qui pourvoirait des milliers d’emplois. « Les productions seront achetées par l’État à moindre coût, et, pour approvisionner le marché local, et, en vue d’une exportation. Il est à souligner que le projet sera dans un premier temps en essai pendant une année, avant de signer un contrat définitif », relate encore le communiqué.

Il est à noter que la nature de cet accord est très différent de celui avec Daewoo qui avait entraîné la chute du président Marc Ravalomanana en 2009. En effet, à cette époque, l’objectif des Coréens était de produire pour leur pays. En effet, en raison de l’application en Corée de modes de consommation occidentaux et de l’accroissement de la population, la terre manque. Cette fois-ci, le contenu peut être qualifié de gagnant-gagnant. En effet, en échange de la concession, Elite Agro LLC fournira le matériel, embauchera des milliers de travailleurs, et l’État achètera la production « à un moindre coût » pour nourrir sa population, et pour exporter afin d’obtenir des devises.

Lorsque la Région Réunion était dirigée par Paul Vergès, la collectivité s’inscrivait dans une stratégie de co-développement avec l’île sœur. Il s’agissait notamment de contribuer à réparer les séquelles de la colonisation, car n’oublions pas que sous l’occupation française, l’écrasante majorité des colons qui faisaient travailler les Malgaches comme des esclaves étaient des Réunionnais.
Un autre objectif était de soutenir la marche de Madagascar vers l’autosuffisance alimentaire en mettant à disposition des jeunes Réunionnais formés, condamnés au chômage à La Réunion par un système qui prive de travail fixe la moitié des personnes en âge de travailler. Cette stratégie avait été précisée en 2008, lors du séminaire co-développement durable dans l’océan Indien. Elle visait à mobiliser les énergies pour que Madagascar redevienne le grenier de notre région.

Si la majorité en place à la Région Réunion depuis 2010 s’était contentée de poursuivre cette stratégie, nul doute que ce genre de contrat aurait été signé entre des professionnels de l’agriculture à La Réunion et l’État malgache. A l’heure d’aujourd’hui cela n’est pas le cas, à moins qu’une grande discrétion eut été observée à ce sujet. Cela n’est guère étonnant. Madagascar n’est pas une priorité pour Didier Robert. Les faits montrent qu’il préfère gaspiller l’argent des contribuables en participant au financement du Carnaval des Seychelles par exemple. Un financement qui ne manque pas de susciter des interrogations au sujet des retombées pour La Réunion en termes d’emplois, quel est donc le véritable objectif poursuivi par le président de Région ?

Voilà comment l’équipe de Didier Robert a traité les années de travail d’agents motivés. Mais si la politique à la petite semaine et le clientélisme sont devenus la règle à la Région Réunion (bons d’achat pour des ordinateurs ou bons de réduction sur les billets d’avion pour ceux qui ont les moyens de voyager par exemple) Madagascar n’attend pas et le train passe devant les Réunionnais. C’est un occasion en or qui risque d’être ratée de manière irréversible. Gageons qu’à La Réunion, des forces vives sauront faire sans la majorité de cette collectivité pour reprendre à leur compte la stratégie de co-développement lancée par Paul Vergès.

Comment expliquer un tel gâchis ? Incompétence ? Ignorance envers un pays qui est la principale terre d’origine des Réunionnais ? Incapacité à avoir une vision stratégique ? Décidément sur ce sujet comme sur d’autres sans doute, la Région Réunion est en dessous de tout.

M.M.