Edito

Mandela day : l’Afrique du Sud panse ses plaies, alors que le processus ouvert en 1994 s’est grippé

David Gauvin / 19 juillet 2021

L’Afrique du Sud commémore la mémoire de l’ancien président Nelson Mandela. Connue sous le nom de « Mandela Day », cette journée vise à lui rendre hommage. Chaque personne peut accorder 67 minutes de son temps pour la bonne cause. Cette année, après plusieurs jours de pillages dans le pays, ce sont les opérations de nettoyage qui se sont imposées comme une évidence. Dans les régions de Gauteng et du KwaZulu-Natal, plusieurs communautés sont réunies pour déblayer les commerces recouverts de débris et de détritus, après avoir été vandalisés.

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L’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma a mis le feu aux poudres en Afrique du Sud. Le pays, qui vit sa crise la plus grave depuis la fin de l’apartheid, est en proie, depuis le 8 juillet dernier, à des scènes d’émeutes urbaines, de violences et de pillages. De nombreux citoyens ont pris les choses en main, en protégeant les commerces, et ont commencé. Le président Ramaphosa s’est à exprimé, dans un discours à la nation retransmis à la télévision : « Ceux qui sont derrière ces actes ont cherché à provoquer une insurrection populaire au sein de notre peuple », a-t-il insisté, « sous couvert de grief politique, ils cherchent à saboter notre économie, à raviver les tensions raciales ». Admettant que le pays était « peu préparé à une opération orchestrée », le chef de l’État a assuré que « tout sera fait pour traduire ces personnes devant la justice ». Au total, plus de 2 500 ont été arrêtées à ce jour. « La menace contre notre pays et notre démocratie est toujours présente.

Jacob Zuma a été inculpé de corruption en mars 2018, principalement dans le cadre d’une vente d’armes de 30 milliards de rands. La bataille juridique s’est poursuivie à partir du moment où l’équipe juridique de Zuma a demandé plus de temps pour se préparer et essayer de faire licencier les accusés. Au cours du procès, Zuma a été absent à plusieurs reprises du tribunal pour des raisons médicales. L’affaire a été portée devant la Cour constitutionnelle. Les manifestations ont commencé le 8 juillet 2021, après que Zuma ait été condamné à 15 mois de prison le 29 juin 2021 pour outrage au tribunal. Il avait refusé de comparaître devant une commission nommée par le gouvernement enquêtant sur des allégations de corruption au cours de ses neuf années au pouvoir. On lui a donné jusqu’à la fin du 4 juillet pour se rendre, après quoi la police serait obligée de l’arrêter. Cependant, le 3 juillet, le tribunal a accepté d’entendre sa requête le 12 juillet.

Des centaines de centres commerciaux et de magasins pillés, 117 morts à la date du 15 juillet, des circuits de distribution attaqués et perturbés au point de menacer d’affamer une province d’Afrique du Sud : c’est le bilan le plus visible du chaos consécutif à l’incarcération de l’ex-président Jacob Zuma. Sous la surface émerge un autre bilan, alors que l’Etat reprend difficilement le contrôle de la situation après une interminable semaine de flottement. Quelque chose de fondamental est en train de se passer au pays de Nelson Mandela, dont l’esprit semble désormais bien absent. Peut-être l’idéalisme des temps qui ont suivi l’avènement de la démocratie multiraciale en 1994, porté par un ensemble de clichés dont celui de la « nation arc-en-ciel », est-il parti en fumée ces derniers jours, dans la mise à sac des centres commerciaux ? Les bases du pays, on le savait, sont fragiles. Les inégalités, parmi les plus fortes au monde, entravent l’avenir. Le chômage massif a été encore aggravé par la dévastation que la pandémie de Covid-19, dont une troisième vague frappe actuellement le pays, a infligé à tous les secteurs de l’économie, sauf les pompes funèbres. Mais la pauvreté et le désespoir n’expliquent pas tout. Sept provinces sur neuf, d’ailleurs, pourtant dans des situations comparables, n’ont pas été embrasées par les pillages dantesques des parties du pays où l’ex-président Zuma compte des partisans.

Même les fameuses 67 minutes ne suffiront pas à panser les plaies profondes du Pays. La pauvreté et les inégalités sont les explosifs sur lesquels les partisans de l’ancien président ont allumés la mèche. Avec 55 % de la population vit avec moins de 41 euros par mois dans le pays. La situation est dramatique. Il ressort d’une analyse du Bureau International du travail qu’en Afrique du Sud, la répartition des revenus est la plus inégale du monde et que la pauvreté et l’inégalité relèvent de quatre grandes caractéristiques : la race, le sexe, la région et la zone de résidence. Bien que les citoyens les plus aisés soient toujours les citadins blancs et les plus pauvres les habitants noirs des zones rurales, les inégalités interraciales se stabilisent et les disparités intraraciales s’accentuent. Les femmes des zones rurales constituent une catégorie particulièrement vulnérable de travailleurs pauvres. Maintenant, il ne suffit plus de ressusciter l’image du Madiba, il est temps de parachever le processus de fin de l’appartheid qui n’existe plus légalement, mais demeure une réalité sociale et territoriale. La situation Réunionnaise est elle vraiment différente de la situation sud africaine ?

« Cela semble toujours impossible jusque’à ce qu’on le fasse » Madiba

Nou artrouv’

David Gauvin