Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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21 avril 2011, par

Score soviétique pour la CGPER : c’est par ce gros titre en neuvième page que le “Quotidien” d’hier présentait le résultat des élections professionnelles dans la filière sucre. Avec plus de 74% des suffrages, la liste conduite par Jean-Yves Minatchy montre à l’évidence un enracinement prononcé de la CGPER dans la ruralité réunionnaise. Pourquoi, en revanche, ce résultat doit-il être considéré comme « soviétique » ? L’article ne retraçant pas une élection dans un sovkhoze de betteraviers de la vallée du Dombass il y a trente ans, les raisons de cette référence historique nous échappent quelque peu.
Peut-être que, fin sémanticien et historien ferré, notre confrère a voulu introduire là une référence aux premiers « soviets », ces conseils formés par les ouvriers russes dans le sillage de la Révolution de 1905, dans le but de réaliser le mot d’ordre lancé par Marx et Engels, « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes »… Il y aurait eu là un bien vibrant hommage à la lutte des planteurs pour le respect de leur travail. Mais « quelque chose » nous dit que ce n’est pas précisément l’orientation recherchée par l’auteur. Le papier, du reste, ne comprend pas d’autre évocation du système politique des États dits socialistes. La formule est seulement présente dans le titre, comme si elle se suffisait à elle-même.
« Tous les révolutionnaires sont des mangeurs de piments », aurait dit Mao Zédong pour rire de sa propre situation, un jour où la faim le tenaillait, lui et les résistants contre l’occupant japonais, qui n’avaient plus pour se nourrir que de gros et brûlants piments rouges. « Le pouvoir aux mangeurs de riz », ricanait hier Benoit Ferrand sur Réunion Première, en balançant sur les ondes du média public (c’est-à-dire financé par vous et moi) un foutan sur les dirigeants politiques réunionnais. Pas sûr, pourtant, que le blagueur du matin aurait parlé de « la tremblade des sushis » pour commenter la tragique actualité japonaise, de la « grogne des avaleurs d’eau chaude » pour une chronique consacrée aux mouvements sociaux anglais ou « d’émeutes chez les bouffeurs de semoule », pour décrire les révoltes dans le Maghreb et en Égypte.
Bien entendu, nous comprenons. Qualifier un score de « soviétique », c’est dire implicitement que son résultat est énorme à en être suspect, difficile à concevoir en démocratie. Pas obtenu le revolver sur la tempe, mais pas très clair non plus. Pas « stalinien », mais un peu dans ce genre-là tout de même. Bien entendu, vous ne lirez rien sur les méthodes « à la Pinochet » de tel ou tel patron, ni sur les traits « mussoliniens » ou « franquistes » de tel ou tel dirigeant sarkoziste. Tant mieux, d’ailleurs : cela serait stupide. Mais cette stupidité, pour l’instant, est réservée aux représentants du mouvement social, aux syndicalistes, aux progressistes. Quant aux mangeurs de riz, c’est, disons-le franchement, nul. Méprisant, vaguement colonial. Nullard. Pas vraiment « Ya bon Banania », mais pas bien loin. On s’étonne que quelqu’un puisse gagner de l’argent pour cela, et on s’étonne encore plus que le service public paye pour avoir ce genre de tartine pas drôle tous les matins.
Entendons-nous bien : nous, on veut bien rire. Nous sommes mêmes les premiers à déplorer le déficit croissant d’humour et à affirmer avec Rabelais que le rire est le propre de l’homme. Mais le propre de l’humour, c’est de chercher à dérider les visages, à remplir les poumons et à déployer les gorges. Pas à faire grincer et ricaner en accumulant les formules toutes faites ou les images faciles, insinuantes, venimeuses et mesquines, quand, dans le même temps, on ménage les plus puissants et on leur sert la soupe avec le riz. Détails, questions de forme, dira-t-on. C’est certain. Mais les détails et la forme sont souvent les meilleurs révélateurs de la pensée qui anime médias à sens unique et chroniqueurs qui se croient drôles. Fut-ce, d’ailleurs, à leur insu.
G.G.-L.
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