Médée : le prix à payer

25 février 2005

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Les lourdes tresses de Médée matraquent l’air. La voix d’Odile Sankara, l’époustouflante comédienne burkinabé qui interprète la princesse trahie, enfle sur la scène du Théâtre du Grand Marché à Saint-Denis. Jambes solides sous le boubou bleu, hanches souples dans son jeu scénique, rides de douleur sur un visage aux pommettes de pure fierté, l’héroïne ne cède rien.
Nous serons toujours des étrangers dans le pays de Créon, déplore-t-elle. Son Jason, pour qui elle a sacrifié son frère, avec qui elle a eu deux enfants adorés, son Jason, dit-on, va se marier avec la fille de Créon.
Son Jason, avec qui elle a tant lutté, qui l’a aimée au milieu du sang versé, a quitté la scène de leurs idéaux. Happé par les ors du royaume de Créon, par les charmes du palais et de la princesse. Il ne revient que pour lui demander les deux enfants ; un dû pour prix du divorce.
Médée, déesse africaine, s’effondre. Elle n’attend plus rien de Créon, maître des terres, ni de Jason, opportuniste fiancé qui ne veut garder que les fruits de son ventre.
Ainsi va l’Afrique noire, utilisée, fécondée, maltraitée. Ainsi va l’Histoire : seule la production intéresse les maîtres du monde, qui peuvent acheter quelques roitelets avec des Mercedes ou des comptes bancaires en Suisse. Lesquels perpétuent cet ordre mondial.
Sur la scène dionysienne, Médée a refusé. À Jason qui lui réclamait les deux enfants, elle a apporté deux têtes mortes. Médée n’a pas trahi la tragédie antique. Elle l’a prolongée, incarnant cette Afrique qui ne veut pas l’ordre mondial que le pouvoir impose. Mais à quel prix...

Nastassia


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