Edito

« Mieux vaut des travailleurs pauvres que des chômeurs bien indemnisés »

J.B. / 28 décembre 2017

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Le Canard enchaîné d’hier a publié une proposition du gouvernement visant à durcir les sanctions contre les travailleurs demandeurs d’emploi. Il s’agit de baisser les indemnités perçues par les chômeurs accusés de ne pas être assez actifs dans leur recherche.

C’est alors qu’une information publiée par Wikileaks prend tout son sens. Ce site a en effet diffusé des échanges d’e-mail entre des dirigeants d’En marche, qui ne s’était pas encore officiellement un parti politique.

Voici donc un extrait d’un courrier électronique daté du 26 novembre 2016, adressé par Alexis Kohler, aujourd’hui secrétaire général de la présidence de la République, à Ismaël Emelien, devenu conseiller d’Emmanuel Macron à l’Élysée, en réponse à une note sur le travail, la fiscalité, l’assurance chômage et les syndicats :

« Sur le travail, c’est vraiment la deuxième question la plus importante car au bout du compte l’essentiel est de savoir si les Français sont effectivement convaincus que mieux vaut des travailleurs pauvres que des chômeurs bien indemnisés et que l’emploi est clé pour préserver les perspectives d’intégration de mobilité sociale (on peut faire un tri dans les autres je pense) »

Manifestement, le gouvernement a fait son choix : les travailleurs pauvres plutôt que des chômeurs bien indemnisés. Ce n’est pas le gouvernement qui fixe dans un premier temps les règles pour l’assurance chômage. Elles relèvent de la discussion entre les représentants des salariés et des patrons. Mais si les partenaires sociaux n’arrivent pas à un accord, alors le gouvernement peut imposer de nouvelles règles.

Il est clair que pour les patrons, l’intérêt est de payer les travailleurs le moins possible, ce qui permet d’augmenter les profits. Sachant que le gouvernement préconise de réduire les droits des travailleurs qui refusent un emploi précaire sous-payé, ils ne seront pas encouragés à discuter d’une amélioration des indemnisations. Les représentants du patronat sont confortés dans une ligne d’intransigeance, car en cas de blocage des discussions, ils savent que la décision du gouvernement en dernier ressort va tout à fait dans le sens de leurs intérêts.

C’est donc un mauvais coup de plus porté à ceux qui sont les créateurs de la richesse, tandis que ceux qui en bénéficient sont encore plus protégés dans leur volonté de l’accaparer.

J.B.