Edito

Ministères pour la Mer et l’Outre-mer : la France tournera-t-elle la page du néo-colonialisme ?

Mathieu Raffini / 8 juillet 2020

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Ce lundi 6 juillet a eu lieu un remaniement ministériel, le premier du gouvernement Castex.
Si nous pourrions analyser pendant des numéros entiers ce remaniement tant il apporte des basculements toujours plus réactionnaires et libéraux, deux éléments sont néanmoins à prendre en compte pour les « Outre-Mers », à savoir des anciennes colonies de la France, soumise à un régime néo-colonial dont fait partie La Réunion.

En effet, le premier élément qui saute aux yeux est le profil du nouveau ministre des « Outre-Mers », Sebastien Lecornu, qui est un total inconnu de nos territoires. Il n’est en effet pas originaire des « Outre-Mers », mais est un ancien président de département de l’Eure. Après Annick Girardin, originaire de St-Pierre et Miquelon, que l’on ne saurait considérer comme un « Outre-Mer » normal (si tant est qu’il existe une norme…) de par ses problématiques totalement différentes des autres, cela montre encore une fois de plus le dédain affiché par la France envers les anciennes colonies intégrées à la République.
Si l’on peut imaginer de par son parcours, notamment en tant que secrétaire d’Etat à la transition écologique et aux collectivités territoriales qu’il aura pour mission de mener à bien le nouveau projet tant cité de décentralisation du gouvernement, n’aurait-il pas été possible de nommer un ou une Réunionnais.e, Guadeloupéen.ne, Martiniquais.e, Mahorais.e ou Guyanais.e par exemple à ce poste ? Les peuples des « Outre-Mers », si souvent cités comme preuve de la présence de la « France une et indivisible » sur l’ensemble du globe seraient-ils donc moins capables que les Français pour mener leur propre destinée ?

Cette nomination, qui fera sans nul doute scandale et, espérons-le ne deviendra pas la norme, ne parvient cependant pas à cacher une autre nomination, ou plutôt un changement de ministère, plus discret celui-là mais tout aussi crucial que le ministère des « Outre-Mers ». Il s’agit en effet de la nomination d’Annick Girardin en tant que ministre de la Mer.
Devant ce nom vague, il faut rappeler une réalité : l’immense majorité des mers, et donc des zones économiques exclusives – zones maritimes où l’Etat est souverain en termes d’exploitation des ressources – sont situées dans les « Outre-Mers ». Ces ZEE sont par ailleurs une des principales raisons, en plus de l’intérêt militaire de conserver ces multiples « confettis de la République », comprendre ici les territoire sous un régime néo-colonial dont fait partie La Réunion (même s’il existe d’autres raisons plus complexes par ailleurs).

Avec ces deux ministères que sont celui des « Outre-Mers » et celui de la Mer, l’Etat français confirme le néo-colonialisme sur ses territoires. Face à cette offensive étatique, il ne nous reste plus qu’à réaffirmer notre projet anticolonialiste que nous portons et partageons avec l’ensemble de nos frères colonisés ou néo-colonisés par la France.

Mathieu Raffini