Edito

Montée des eaux : perspectives de plus en plus négatives, mais on préfère toujours fermer les yeux

David Gauvin / 10 juin 2021

Le changement climatique affecte tous les aspects de notre planète, de l’augmentation des températures et de l’élévation du niveau de la mer aux changements fondamentaux de l’atmosphère, de la terre, de la cryosphère, de la biosphère et de l’océan. Le réchauffement des océans, par exemple, a des effets dévastateurs sur les écosystèmes marins, entraînant la perte d’habitat des espèces marines, ce qui affecte en fin de compte l’ensemble du système alimentaire.

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Si la montée du niveau de la mer est l’un des effets les plus connus du changement climatique, que sait-on de ses conséquences sur les littoraux ? Une chose est déjà certaine : partout sur la planète, le niveau de la mer a augmenté plus rapidement ces 100 dernières années que pendant les 6 000 années précédentes, à « un rythme accéléré », indique même le Copernicus Marine Service (CMEMS) dans un rapport publié le 7 juin, et près de 40 % de cette élévation contemporaine « peut être attribuée à l’augmentation de la température de l’océan ». Le niveau continuera donc d’augmenter au cours du XXIe siècle, quoi qu’il arrive.

« Si on réduit drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, le niveau de la mer augmentera d’environ 40 centimètres d’ici à 2100, explique Benoit Meyssignac, chercheur au Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (Legos) de Toulouse, et coauteur du rapport spécial océan et cryosphère du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), résumant les scénarios qui font consensus dans la communauté scientifique. Dans un scénario de faible réduction de gaz à effet de serre [le plus probable aujourd’hui], il augmentera d’environ 85 centimètres, et plus ou moins 25 centimètres. »

Si la mer monte, les événements ayant aujourd’hui des hauteurs d’eau considérées comme extrêmes se produiront plus souvent. Il faudra donc des ouvrages plus importants pour s’en protéger. L’an dernier, une carte du groupe de réflexion Climate Central montrant les zones exposées au risque de submersions fréquentes, en fonction de différents scénarios de montée des eaux, a suscité beaucoup d’émotion. Ces projections ne prenaient néanmoins pas en compte celles déjà existantes, telles que les digues ou les cordons dunaires protégeant les côtes. À l’heure actuelle, les habitants des zones se trouvant déjà sous le niveau de la mer n’ont pas pour autant les pieds dans l’eau. En France, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a ainsi réalisé une carte du même type, avec des données topographiques plus précises.

Les zones basses ne sont pas les seules concernées par le changement climatique. Il faut aussi se préparer, partout dans le monde, à plus d’érosion ; c’est-à-dire que des falaises ou des plages continueront de perdre du terrain. L’érosion est un phénomène naturel lié, entre autres, au mouvement des vagues, mais qui peut être accentué par les installations humaines sur le littoral. Il peut aussi y avoir des plages en accrétion (un gain de la terre sur la mer), mais de manière générale, les vagues et les marées apportent moins de sable qu’auparavant.

La montée des eaux est inéluctable, mais on ne mesure pas aujourd’hui les effets pour demain. Prés de 70% des Réunionnais habitent dans des zones qui seront fortement impactées par la montées des eaux et le réchauffement des océans. Et pendant ce temps-là, on continue à faire comme si rien n’arrivera. Si le PCR a inscrit dans son programme la route de mi-hauteur autour de l’île, c’est justement pour pouvoir organiser la migration des Réunionnais du littoral vers la mi pente. Et pendant ce temps les opposants, dont le maire de Sainte-Rose en tête, dénigrent la juste analyse du parti, certainement parce qu’ils n’ont pas la capacité de réfléchir à long terme comme nous.

Les avertissements concernant le réchauffement climatique ont été extrêmement clairs depuis longtemps. Nous sommes confrontés à une crise climatique mondiale. C’est un approfondissement. Nous entrons dans une période de conséquences. Al Gore

Nou artrouv’

David GAUVIN