Edito

Parcoursup, le retour de la grande loterie

David Gauvin / 3 juin 2021

Les premiers résultats de Parcoursup, la plateforme qui permet aux futurs étudiants de s’inscrire et confirmer leurs vœux d’orientation dans l’enseignement supérieur, ont été publiés jeudi 27 mai à 19 heures. Les associations craignent que les recalés soient plus nombreux encore qu’en 2020.

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Plus de 93 000 jeunes bacheliers sont restés sans affectation en 2020, à la suite de la première phase d’admission de Parcoursup. Et « cette année il risque d’y avoir encore plus de dégâts », confie Mélanie Luce, la présidente de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF). Les conditions de passation du bac après une année chaotique, le passage de la plupart des matières en contrôle continu et la prise en compte, par les jurys, des difficultés scolaires accentuées par la crise : tout devrait concourir à des taux de réussite à l’examen exceptionnels. Pour mémoire, l’an dernier, 95,7 % des candidats avaient obtenu leur diplôme.

De 2009 à 2017, les élèves de terminale indiquaient leurs vœux par préférence, avec un maximum de 24 filières. À l’exception des cursus annoncés comme sélectifs, les responsables d’une formation ne pouvaient pas classer les candidats ni examiner les dossiers scolaires. Ils annonçaient le nombre de places disponibles dans tel cursus et laissaient ensuite les affectations se faire. Entrait alors en jeu l’algorithme d’Admission postbac (APB) pour répartir les candidats. Quand la demande était supérieure à l’offre, et après avoir épuisé tous les critères – académie, niveau de préférence, situation familiale –, l’algorithme procédait à un tirage au sort pour départager les élèves ayant obtenu le même classement. À la différence d’APB, l’algorithme Parcoursup laisse la possibilité à chaque formation d’introduire ses propres critères pour sélectionner ses candidats. Au lieu de classer leurs vœux selon leur préférence, les futurs étudiants doivent donc écrire des lettres de motivation et joindre des CV – un « projet de formation motivé ». Il n’est même pas sûr que ces dossiers soient vraiment étudiés par les commissions de chaque établissement et université : consacrer 3 minutes pour chacun des 7 millions de vœux représente 350 000 heures de travail, soit l’équivalent de 2300 postes à temps plein pendant un mois.

Un rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire indiquait, en septembre 2016, que la France était le pays le plus inégalitaire en matière d’éducation parmi les 35 membres de l’OCDE. Si les prévisions sur le mode de sélection de Parcoursup se confirment, la situation ne s’améliorera pas, les bacheliers avec des parcours scolaires compliqués ayant une forte probabilité d’être, de fait, exclus de l’enseignement supérieur, sans même avoir l’occasion d’y tenter leur chance. Des universités et des enseignants ont cependant résisté à ce système implacable. Le syndicat Snesup-FSU avait appelé, les enseignants à classer les candidats selon seulement deux critères : l’obtention future du bac, qui « prouvera que les attendus sont possédés », et la demande d’inscription, qui « témoigne de la motivation suffisante ». Ce qu’ont fait plusieurs dizaines de commissions à Nantes, Paris 1, Rouen ou Lille. Des personnels universitaires se sont également mis en grève pour protester contre Parcoursup et les interventions policières réprimant la contestation étudiante.

Au lieu de permettre à chaque jeune de choisir son avenir, on tente de les orienter contre leur gré. On va accuser l’algorithme, mais derrière c’est un projet politique de ségrégation sociale qui est à l’œuvre. De jour en jour le gouvernement défait avec méthode tous les fondements de la République. Le principe d’Egalité ne doit pas rester sur le fronton des mairies, il doit être au centre de toutes les politiques publiques.

L’éducation modifie, elle corrige. L’éducation améliore les bons, elle fortifie les faibles. Alexandre Dumas fils

Nou artrouv’

David GAUVIN