Edito

Pas de cadeau pour les agriculteurs retraités

Manuel Marchal / 24 février 2020

JPEG - 13.7 ko

La situation des Réunionnais retraités de l’agriculture est très difficile. Cela fait déjà de nombreuses années que la CGPER demande que le droit à une pension d’un revenu suffisant soit garanti pour des Réunionnais qui ont travaillé pendant des décennies par tous les temps pour nourrir la population et enrichir notre île grâce aux exportations de sucre notamment. Ce revenu suffisant ne saurait se situer en dessous du seuil de pauvreté. D’où cette revendication : pas de retraite en dessous de 85 % du SMIC.

Dans la situation actuelle, la plupart des retraités de l’agriculture survivent sous le seuil de pauvreté. Il n’est pas rare qu’ils ne touchent que 200 ou 300 euros. Ils sont également nombreux à refuser de bénéficier du minimum vieillesse, car ils savent que ce qu’ils toucheront pendant leur vie sera ensuite saisi par la Sécurité sociale qui se remboursera sur la succession, au risque de ne plus transmettre de patrimoine aux héritiers. Parmi les causes de cette situation figure un mode de calcul inadapté à La Réunion, car les cotisations sont fonction de la superficie de l’exploitation et non du bénéfice dégagé. Dans notre île où la taille moyenne des exploitations agricoles est inférieure à 10 hectares, les Réunionnais sont pénalisés d’emblée.

Pour les agriculteurs, le projet du gouvernement d’un régime universel pour tous et la promesse d’une retraite minimale à 1000 euros par mois ou 85 % du SMIC était des avancées. Mais le président de la République a confirmé hier au Salon de l’Agriculture que ce projet n’a pas une vocation sociale. En effet, interpellé sur la situation des retraités de l’agriculture, Emmanuel Macron a répondu ceci :

« Je ne peux pas gérer l’avenir et le passé en même temps. Je ne vais pas vous mentir, on rattrape des choses qui n’ont pas été faites depuis des décennies. Tous ceux qui rentreront dans le nouveau système, contrairement à l’ancien, ils auront une garantie de retraite minimum. Tous les retraités d’aujourd’hui peuvent y rentrer ? C’est impossible »

Pourtant, cette promesse d’augmentation de la retraite était peut être la seule chose positive du projet du gouvernement sur les retraites, mais elle est refusée au plus haut niveau. C’est donc bien une preuve supplémentaire que le projet de retraite par points n’a pas pour but d’améliorer la situation des futurs retraités mais au contraire de les appauvrir comme dans les autres Etats où un tel système a été mis en place.
Le message est clair pour les agriculteurs, Paris refuse que la solidarité nationale s’applique pour eux afin de leur donner immédiatement une retraite suffisante pour vivre dignement. La bataille pour le retrait du texte du gouvernement va sans doute rassembler de manière encore plus importante.

M.M.