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par le Dr Raymond Vergès

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Pas de justice climatique sans justice de la dette

mardi 16 novembre 2021, par David Gauvin


Trouver les fonds nécessaires au financement de la lutte contre le dérèglement climatique peut sembler ardu. Pourtant, ces ressources existent, notamment dans les paradis fiscaux, où multinationales et multimillionnaires les dissimulent.


Pour une fois, l’essentiel des débiteurs ne sont pas en Afrique, mais au Nord. Je parle bien sûr de la dette climatique, alors que les catastrophes naturelles se multiplient, et que la lutte contre le dérèglement climatique est devenue une question existentielle. Les pays industrialisés ont utilisé l’espace atmosphérique disponible pour se développer et s’enrichir en exploitant les énergies fossiles. La Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) devait être l’occasion de reconnaître cette dette à l’égard de l’Afrique et des pays en développement en général, et de l’honorer. Avec 4 % des émissions mondiales, l’Afrique n’a que très peu contribué au réchauffement climatique. C’est pourtant le continent qui souffre déjà le plus de ses conséquences. Faut-il rappeler, par exemple, que l’année dernière le Soudan a dû affronter ses pires inondations depuis soixante ans, avec, à la clef, 500 000 personnes déplacées et 5,5 millions d’hectares de terres agricoles détruites ? Et ce n’est pas un cas isolé : selon un récent rapport sur l’adaptation en Afrique du Centre mondial pour l’adaptation (GCA), le nombre des inondations a été multiplié par cinq depuis les années 1990.

Les pays souffrant des pires impacts du changement climatique y ont très peu contribué, et sont pourtant confrontés à des coûts d’emprunt plus élevés en raison de leurs vulnérabilités climatiques. Ils n’ont presque pas d’autre choix que d’emprunter pour financer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, et financer la reconstruction et la reprise après un événement climatique extrême. Les pays qui ont accumulé des niveaux d’endettement insoutenables ont réduit leur marge de manœuvre budgétaire et les opportunités d’investir dans l’adaptation et l’atténuation, ainsi que leur capacité à se remettre des pertes et des préjudices causés par des événements climatiques extrêmes de plus en plus graves, des événements à retardement et des risques environnementaux. Dans le même temps, le financement climatique – qui devrait répondre au principe de responsabilités communes mais différenciées, tel qu’il est formulé dans les Principes de Rio de 1992 pour refléter la dette climatique historique – est principalement fourni par le biais de prêts et de modalités de création de dette, faisant peser le fardeau financier sur les épaules des pays du Sud.

Honorer sa dette climatique c’est, de la part des pays du Nord, aider ceux en développement à s’adapter aux catastrophes climatiques qui, on les sait bien, auront lieu même dans le plus optimiste des scénarios. Il s’agit surtout, tout en finançant la diminution drastique de leurs émissions en Europe comme aux États-Unis, de donner aux pays en développement les moyens d’engager leur transition énergétique vers des sources moins polluantes. Un effort qui se chiffre en centaines de milliards de dollars. Ces fonds existent, comme vient de le rappeler la publication des « Pandora Papers », et il faut aller les chercher là où ils sont : dans les comptes camouflés dans les paradis fiscaux des multinationales et des multimillionnaires qui, depuis des décennies, ne payent pas leur juste part d’impôt. D’autant que, dans le monde entier, les plus pollueurs sont aussi les plus riches. Le Laboratoire sur les inégalités mondiales vient de montrer que 1 % des individus, les nantis, produisent 17 % des émissions mondiales de CO2, alors que la moitié de la population la plus pauvre de l’humanité (3,8 milliards de personnes), est responsable de 12 % de ces émissions. Dans ce contexte, il est rageant de voir que le monde vient de se priver de ressources financières précieuses en adoptant un accord mondial au rabais sur la fiscalité des multinationales. Imposé par les capitales du Nord, à l’issue d’une négociation qui n’a pas pris en compte les revendications des pays en développement, cette réforme a permis la mise en place d’un taux mondial minimum d’imposition modeste de 15 %.

L’une des conséquences d’un niveau d’endettement élevé est une enveloppe budgétaire fortement réduite pour les dépenses publiques et donc des opportunités très limitées d’investir dans les mesures d’adaptation et d’atténuation nécessaires pour garantir le droit des personnes à un environnement sain, et aussi peu de possibilités de se remettre des pertes et des préjudices subis du fait d’une catastrophe climatique. Demander aux pays de donner la priorité aux paiements de la dette, souvent à des taux d’intérêt élevés, signifie qu’ils ne peuvent pas répondre de manière adéquate aux urgences auxquelles leurs populations sont confrontées, telles que la pandémie COVID-19 et l’urgence climatique. Le coût du service de la dette a également largement affecté les femmes et les enfants, qui représentent les groupes les plus vulnérables de la société dans la plupart des pays du Sud. En effet, lorsque les gouvernements réduisent les dépenses publiques, en particulier pour la protection sociale, les femmes et les enfants en souffrent le plus.

D’un autre côté, les économies des pays du Nord ont accumulé une énorme dette climatique auprès des peuples et pays du Sud, en raison de leur contribution disproportionnée aux émissions de carbone et autres émissions de gaz à effet de serre, représentant près des deux tiers de « l’empreinte carbone » globale depuis les années 1800. Le concept de dette climatique appelle à un changement systémique. Un tel changement implique non seulement une reconnaissance de la dette climatique, mais aussi la restitution et la réparation des multiplicités de dettes financières, sociales et écologiques dues par les pays du Nord aux pays du Sud, accumulées durant le passé colonial et à travers les dynamiques néo-coloniales d’aujourd’hui.
Dans ce contexte, la nécessité d’effectuer une transition mondiale vers une économie plus durable et plus équitable ne sera pas possible sans un financement climatique durable, responsable, suffisant, juste et non générateur d’endettement, ainsi que sans un financement pour la transition qui n’exacerbe pas les vulnérabilités de la dette dans les pays du Sud. De plus, l’annulation de la dette est nécessaire pour que les pays soient non seulement en mesure de lutter contre la pandémie, mais également pour relever les défis du changement climatique et poursuivre une reprise verte et inclusive. Le message urgent est précisément celui-ci : la justice climatique ne sera pas possible sans justice économique et de la dette. Et une justice de la dette ne sera pas possible sans justice environnementale et climatique.

« Il y a, en effet, une vraie “dette écologique”, particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux, avec des conséquences dans le domaine écologique, et liée aussi à l’utilisation disproportionnée des ressources naturelles, historiquement pratiquée par certains pays. » Pape François

Nou artrouv’

David Gauvin



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Messages

  • Ce n’est pas si simple que ça . Certes les gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère par les pays les plus industrialisés , les plus développés économiquement et sans doute les plus riches de la planète ,qu’ils soient situés dans l’hémisphère nord ou dans l’hémisphère sud sont principalement responsables du réchauffement climatique et peuvent justifier une mise en cause de leur responsabilité dans la dégradation du climat et des catastrophes qu’il provoque dans le monde entier . Mais il ne faut pas non plus oublier que les pays les plus pauvres ont leur part de responsabilité dans l’évolution du climat notamment par les conséquences de leurs actes sur leurs territoires. je pense notamment à l’extension des zones désertiques en Afrique , au moyen Orient , en Asie ,A Madagascar en Amérique latine .Dans de nombreux pays les plus pauvres les forêts disparaissent et sont remplacées par des déserts . Au cours des 20 dernières années il sembleraient que la planète a perdu près d’un tiers de ses forets équatoriales et intertropicales qui jouent un rôle primordial dans l’équilibre du climat mondial sans que personne ne lève le petit doigt .

    Non , les pays riches ne sont pas les seuls responsables du réchauffement climatique .La déforestation de la planète sur près d’un tiers des surfaces couvertes de forêts en une vingtaine est à on avis aussi grave que le rejet dans l’atmosphère de gaz à effet de serre depuis le début du 19eme siècle . Et si des centaines de milliers d’ha de forêt partent chaque année en fumée sans l’action de l’homme ,mais seulement suite à l’élévation des températures , en Australie ou dans les régions polaires du Canada ou de la Russie c’est peut être parce que l’équilibre du climat a été rompue par la destruction des forêts et de la couverture générale des pays pauvres et peut être également des ays riches ..

    Aujourd’hui nous acceptons tous de porter un masque pour nous protéger du coronavirus . il nous faut aussi accepter de protéger nos foret et les exploiter correctement pour protéger notre planète . il est peut être temps de mettre en place un minimum de gouvernance mondiale pour empêcher certains pays de mettre en danger le reste de l’humanité mais aussi pour se donner les moyens d’ engager des actions collectives pour lutter efficacement tous ensemble contre la dégradation du climat .

    Nous acceptons dans chaque pays de payer un impôt pour financer des actions d’intérêt général . Il est temps de faire la même chose pour notre planète . Nous sommes tous concernés riches ou pauvres par le changement climatique et ce n’est qu’en nous unissant tous dans des institutions planétaires que nous pourrons arrêter la dégradation du climat ,s’il n’est pas trop tard, si nous n’avons atteint le point de non retour . .

    Il est peut être encore temps d’agir efficacement . Il ne faut pas seulement constater le réchauffement climatique , il nous faut aussi lui déclarer la guerre et lutter courageusement sans faiblir sur tous les fronts ,tous ensemble que l’on soit riches ou pauvres ..


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