Edito

Peau noire et masque blanc

David Gauvin / 7 juin 2020

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Peau Noire, masques blancs est une analyse psychologique comme l’auteur le précise dès le début de l’ouvrage. Écrit en 1952, le livre s’inscrit dans le contexte de la négritude, « ce romantisme malheureux », comme ironise Fanon. Alors que des poètes et des romanciers, pour rendre à l’homme noir sa liberté et sa dignité, le chantaient et s’acharnaient à montrer au Blanc qu’il possède bel et bien un passé très riche, le jeune psychiatre martiniquais de 27 ans adopte un chemin tout à fait différent en se donnant pour but de comprendre l’homme noir de l’intérieur afin de le guérir de sa névrose qui est l’aliénation. Si à cette époque la plupart des pays africains luttaient pour obtenir leur indépendance, Fanon était bien conscient que celle-ci ne serait totale et complète qu’accompagnée d’une délivrance du complexe d’infériorité, corollaire de tout processus de colonisation. Cette double libération était nécessaire et indispensable pour créer des rapports sains entre Blancs et Noirs. « Notre but est de rendre possible pour le Noir et le Blanc une saine rencontre », souligne-t-il. Et pour favoriser une telle rencontre, il faudra libérer le « Blanc enfermé dans sa blancheur » et le « Noir dans sa noirceur ».

Mais que d’actualité à cette analyse. Prenons le cas de la rentrée des enfants à l’école après le confinement. Considérant que les vacances sont données le 2 juillet, il est de bon sens de garder l’enseignement tel qu’il a été depuis le 15 mars et d’attendre la rentrée d’aout pour remettre le système scolaire en place. De nombreux maires ont justifié leur volonté de garder les écoles fermées par leur impossibilité de répondre au protocole irréaliste pondu par le ministère de l’éducation nationale. Mais quelle surprise que de voir qu’il a suffit d’une menace de réquisition portée par le préfet pour que tout à coup les écoles rouvrent. Est-ce que les conditions sanitaires ont changé dès la fin de la prise de parole du préfet ?

On pourrait dire aussi que pendant qu’Hayot reprend quelques supermarchés ici, le colonisé crie et demande le secours de l’Etat. Alors qu’en fait Carrefour prend pied en Afrique par le biais du rachat de Vindémia. Mais quel spectacle ridicule de voir certain gesticuler alors que Vindémia est à vendre depuis 3 ans. Ils n’avaient qu’à créer les conditions du rachat au moment où c’était possible.

Malheureusement, l’aliénation est toujours bien présente dans l’esprit du colonisé qui s’ignore. Dans son discours sur la colonisation Aimé Césaire nous éclaire ainsi :

« Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme. »

Nou artrouv’

David Gauvin