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20 juin, parQui peut prétendre à une antériorité à La Réunion ?
20 juin, par

La Réunion est à nouveau confrontée à des restrictions d’eau. Le comité sécheresse vient de maintenir les mesures en vigueur et Cilaos passe désormais en niveau d’alerte. Les nappes phréatiques baissent, les rivières s’affaiblissent et les réserves se réduisent dangereusement. Le constat est connu. La sécheresse est-elle vraiment la seule responsable ?
Il est facile d’accuser le manque de pluie. Certes, la saison 2025-2026 a été la deuxième plus sèche depuis 1960. Certes, les dépressions tropicales ont fait défaut. Mais la crise actuelle révèle surtout la fragilité d’un modèle de gestion de l’eau devenu inadapté aux réalités de notre île.
À La Réunion, chaque habitant consomme en moyenne 180 litres d’eau potable par jour. Avec les pertes dans les réseaux, estimées à 35 %, il faut en réalité produire près de 250 litres d’eau potable quotidiennement pour chaque personne. Ce chiffre est vertigineux. Il signifie qu’une famille de quatre personnes mobilise chaque jour l’équivalent de mille litres d’eau potable.
Pourtant, les besoins vitaux d’un être humain sont estimés à quelques litres seulement. Le reste est consacré à des usages qui pourraient être assurés autrement : toilettes, nettoyage, arrosage, lavage des véhicules ou remplissage des piscines. Nous utilisons une eau traitée à grands frais pour des usages qui ne nécessitent pas cette qualité.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que La Réunion figure parmi les territoires les plus arrosés du monde. Chaque année, des milliards de litres d’eau tombent gratuitement du ciel. Une grande partie de cette richesse s’écoule pourtant vers l’océan sans être stockée ni valorisée. Dans le même temps, les autorités demandent aux habitants de réduire leur consommation pour faire face aux pénuries.
La question mérite d’être posée : pourquoi avoir construit un système reposant presque exclusivement sur la production d’eau potable, alors que l’eau de pluie pourrait couvrir une part importante des besoins domestiques ? Pourquoi accepter que plus d’un tiers de l’eau produite se perde dans les canalisations ? Pourquoi continuer à considérer comme normale une consommation parmi les plus élevées d’Afrique alors que les sécheresses deviennent plus fréquentes ?
L’urgence n’est plus seulement de gérer la pénurie. Elle est de repenser le modèle. La récupération systématique des eaux de pluie, la réduction des fuites, la création de réserves stratégiques et une meilleure distinction entre les usages nécessitant de l’eau potable et ceux pouvant utiliser une autre ressource doivent devenir des priorités.
La sécheresse actuelle est un avertissement. Si rien ne change, les restrictions d’aujourd’hui risquent de devenir la norme de demain. L’eau est un bien commun. Elle ne peut plus être gérée comme si elle était inépuisable.
M.M.
Qui peut prétendre à une antériorité à La Réunion ?
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