Edito

Au Pérou, du chaos surgit un nouvel espoir : l’élection de Pedro Castillo à la Présidence de la République

David Gauvin / 23 juillet 2021

L’instituteur de 51 ans, membre de la formation de gauche Peru Libre, l’a emporté au terme d’un scrutin très serré : avec 50,12 % des voix, il devance sa rivale d’ultradroite, Keiko Fujimori, de seulement 44 263 voix.

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Plus d’un mois après la tenue du second tour de l’élection présidentielle, l’autorité chargée d’examiner les recours déposés par Keiko Fujimori a confirmé l’entrée en fonction de Pedro Castillo comme nouveau président de la République du Pérou. Membre de la formation de gauche Peru Libre, Pedro Castillo, 51 ans, est le premier chef d’État péruvien sans lien avec les élites économiques et politiques. Pedro Castillo est sorti de l’anonymat en 2017 à la faveur d’un mouvement de grève des enseignants dont il avait pris la tête. Une victoire historique pour ce syndicaliste de 51 ans désormais à la tête de ce pays andin de 33 millions d’habitants. 

Les élections générales péruviennes de 2021 ont lieu les 11 avril et 6 juin 2021 afin d’élire pour cinq ans le président de la République, ses vice-présidents ainsi que les 130 députés du Congrès de la République du Pérou. Depuis les élections générales de 2016, le pays a connu une instabilité politique chronique, avec notamment quatre présidents de la République successifs et une dissolution du Congrès. Le vote intervient durant la pandémie de Covid-19 et dans un contexte de forte défiance de la population envers les institutions, notamment en raison d’une corruption endémique. La classe politique péruvienne souffre d’un large discrédit auprès de l’opinion publique en raison des affaires de corruption impliquant un grand nombre de personnalités, dont six anciens présidents et quatre des candidats à l’élection présidentielle de 2021. D’après le Washington Post, ce ne serait pas uniquement la classe politique mais l’ensemble des élites qui seraient déconsidérées. L’étude de l’Institut National de Statistique et d’Informatique (INEI) pour l’année 2020 montre que l’Église, les partis politiques, le Congrès, les milieux d’affaires et les médias suscitent tous la défiance de la population.

Né dans un village de la région de Cajamarca (nord), où il a été enseignant dans une école rurale pendant vingt-quatre ans, ce père de trois enfants est catholique, marié à une évangélique. A côté de sa maison en briques à deux étages, Pedro Castillo possède une ferme d’un hectare où il cultive du maïs, des patates douces et des légumes. Il élève des poulets et des vaches. Pedro Castillo a été élevé dans le hameau voisin de Puña, où il travaillait aux champs avec ses parents. Enfant, il devait marcher plusieurs kilomètres pour se rendre à l’école. Durant toute la campagne présidentielle, il a souligné ses racines provinciales, portant en toutes circonstances le chapeau blanc traditionnel du nord du pays ou revêtant un poncho. Il est souvent arrivé à ses meetings à cheval. Il a annoncé pendant la campagne qu’en cas de victoire, il renoncerait à son salaire présidentiel et continuerait à vivre avec son salaire de l’éducation nationale.

Son programme de gauche radicale repose sur le renforcement des secteurs de la santé, de l’éducation et de l’agriculture. Son but : améliorer le sort des Péruviens les plus démunis confrontés à une récession due à la pandémie de Covid-19, ainsi qu’à une hausse du chômage et de la pauvreté. « Plus de pauvres dans un pays riche », n’a-t-il eu de cesse de répéter pendant la campagne.Pedro Castillo est également en faveur d’une reprise du contrôle par l’État des richesses énergétiques et minérales du pays, telles le gaz, le lithium , le cuivre et l’or, aujourd’hui sous le contrôle de multinationales. « Nous allons respecter la propriété privée », a-t-il toutefois assuré face aux critiques qui l’accusaient de vouloir mettre en place « un socialisme bolivarien » comme au Venezuela. Il a promis un million d’emplois en un an, des investissements publics pour réactiver l’économie par le biais de projets d’infrastructures et de marchés publics auprès des petites entreprises. Il entend « freiner les importations qui affectent l’industrie nationale et la paysannerie ». « Nous prévoyons des changements, pas des rustines ou des réformes comme d’autres candidats de gauche », avait-il déclaré pendant la campagne du premier tour, dont il était sorti premier à la surprise générale.

« La politique est un passage obligé pour changer une société. »Mario Vargas Llosa

Nou artrouv’

David Gauvin