Edito

Petit à petit, le néo-colonialisme français se structure

J.B. / 10 octobre 2016

Devant la revendication d’un gouvernement autonome en outre-mer, la France a concédé quelques illusions à travers la décentralisation. Certains ont alors vanté les vertus d’une “intégration sans assimilation”. Mais, très vite, la culture coloniale a repris le dessus.

Le fait significatif de la décentralisation repose sur la notion de responsabilité des élus. Il n’y a plus de tutelle d’une Collectivité ou de l’Etat. Chaque entité est définie par la loi et s’administre librement. Le contrôle se fait à postériori. Chaque année le Préfet se déplace et va exposer devant l’assemblée plénière de la Région et du Département, le bilan des activités de l’Etat.

L’expérience a tourné court car le haut fonctionnaire, bardé de diplômes, se sent humilié dans ce nouveau rapport où on voit les “nègres” se permettre de discuter des activités de l’Etat. Un Préfet a posé clairement le problème en se décrivant comme l’envoyé de la France devant le gouverneur local. La frustration est a son comble. Ce préfet s’est permis d’aller dans les Etats voisins discuter coopération alors que la France dispose déjà sur place d’une représentation diplomatique soumise au dépôt de lettres de créances.

Sensible à cette crise d’identité, les responsables politiques parisiens ont décidé de reprendre la main en supprimant les spécificités. Ainsi, vous pourrez avoir des statistiques sur la masse de transfert public mais vous n’aurez rien sur son recyclage en capital privé et son retour en France, inscrit sous forme de prestations diverses fournies aux filiales des monopoles, ou bien logé dans le haut de bilan comptable. Toujours sous prétexte de statistiques, syndicats et partis politiques devront s’inscrire dans une filiation “nationale”. Les candidats aux élections municipales doivent s’identifier à un courant politique “national” qui est, de surcroît, très aléatoire. Les secteurs économiques les plus rentables ont été absorbés par des enseignes de France. En économie solidaire, dans les finances et les assurances, c’est encore plus spectaculaire. En coopération régionale, La Réunion a été rayée de la COI. Un ambassadeur transversal a été nommé pour représenter “la France de l’Océan Indien”. Dans la volonté de tout re-centraliser, l’AFD joue un rôle essentiel dans notre environnement extérieur. En interne aux Collectivités, c’est la Caisse des Dépôts et Consignations. En éducation, non seulement il est impossible d’obtenir un calendrier adapté à notre climat, mais l’examen du baccalauréat s’ouvre à l’heure parisienne ! Jamais le contraire.

Le coup de grâce vient d’être donné par la fameuse loi sur l’Egalité réelle qui tend à rendre les élus des Collectivités des mineurs, voire des irresponsables. Désormais, les Collectivités devront inscrire dans leur budget des dépenses prévues dans des plans de convergence encadrés par le gouvernement et la Chambre Régionale des Comptes. L’État n’est plus seulement contrôleur de la bonne gestion mais sera juge de l’opportunité de la dépense. Ce n’est plus la marche vers la liberté et la responsabilité, c’est la recentralisation néo-coloniale.

J.B.