Edito

Plus de 27000 expulsions à Mayotte : la France continue de s’enfoncer

Manuel Marchal / 12 février 2020

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Dans son édition de mardi, le « Journal de Mayotte » rend compte d’une des principales politiques de l’administration française de Mayotte : la chasse aux « étrangers »
« Les expulsions ont augmenté de 39% par rapport à 2017 et de 83% par rapport à 2018, année de blocage diplomatique. Forte d’une centaine d’effectifs supplémentaires, la lutte contre l’immigration clandestine atteint des niveaux records à Mayotte. L’opération Shikandra, qui regroupe des unités bien au delà de la seule police aux frontières pour interpeller un maximum de sans-papiers a permis le démantèlement de 9 filières, l’interpellation de 25 000 étrangers en situation irrégulière à terre, et le doublement des interceptions en mer. En tout, ce sont 27 421 reconduites à la frontière qui ont eu lieu en 2019. En tout il y a eu 2000 opérations de contrôles à terre, et les 9 filières démantelées ont donné à lieu à des poursuites visant 72 mis en cause.
En 2019, 3842 passagers ont été interpellés en mer contre 2711 l’année précédente.Par ailleurs, 1131 demandeurs d’asile venant d’Afrique continentale ont été enregistrés. 99% des étrangers reconduits l’ont été vers l’Union des Comores. »
La préfecture de Mayotte note que cette politique donne des résultats en limitant le nombre de clandestins, ce qui se traduit notamment par une baisse de 12 % de la consommation de riz, et de 7 % du nombre de cartes téléphoniques prépayées.

Voilà donc où en est la France, 45 ans après avoir organisé la sécession de Mayotte de la République des Comores. Le maintien de l’administration française à Mayotte s’est accompagné d’un durcissement considérable des conditions de circulation des Comoriens à l’intérieur de leur pays. En effet, toute personne résidant dans une autre île comorienne et souhaitant se rendre à Mayotte à l’obligation de demander un visa. Ce document est très difficile à obtenir, notamment en raison des frais de dossiers demandés, et de l’obligation de dépenser une importante somme d’argent pour réaliser un passeport. Il est à noter qu’outre les Français, les autres citoyens de l’Union européenne peuvent venir à Mayotte sans visa ni même un passeport.
Cette barrière à la circulation à l’intérieur de l’archipel comorien est à l’origine d’un des plus grands crimes de notre époque : la mort de milliers de personnes noyées entre Anjouan et Mayotte lors de traversées clandestines très risquées. Car pendant que d’anciens officiers de l’armée française organisaient des coups d’État aux Comores ce qui a considérablement freiné le développement du pays, la France a arrosé Mayotte de crédits français et européens ce qui a artificiellement fait augmenter le niveau de vie à Mayotte au point de faire croire à ses habitants qu’ils sont des Européens. C’est ainsi que Paris a créé les conditions d’une importante immigration à Mayotte.

En conséquence, Mayotte est devenu le principal lieu d’expulsion de personnes considérées comme « étrangères » à la République française. En 2019, la barre des 27.000 expulsions a été franchie, c’est un bien triste record, et cela alors que le monde connaît depuis plusieurs années une crise des réfugiés.
Ce n’est pas en poursuivant une telle politique que Paris contribuera à chercher une solution à un problème créé et amplifié par tous les gouvernements français depuis 1975.

M.M.