Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
11 mai 2018

Depuis 1995, le gouvernement français empêche la libre circulation des êtres humains dans l’archipel des Comores. Les personnes vivant à Mohéli, Anjouan ou la Grande-Comores voulant se rendre à Mayotte doivent avoir un visa. Sans ce document délivré par l’ambassade de France à Moroni, il n’est pas possible pour les voisins des Mahorais de passer la frontière que la France a dressé autour de Mayotte depuis 1975.
Ce visa est très difficile à obtenir. Il faut avoir de l’argent pour réaliser les documents demandés, et être capable de répondre à des critères très précis. Ceux qui tentent d’avoir un visa voient en plus leur demande refusée dans neuf cas sur dix. Pas étonnant que de nombreuses personnes ne fassent même pas cette démarche et cherchent à venir à Mayotte dans la clandestinité.
C’est en raison de ce visa que le bras de mer entre Anjouan et Mayotte est devenu un des plus grands cimetières marins du monde. Des milliers de personnes s’y sont noyées en cherchant à le franchir clandestinement.
Or, pour tous les pays de notre région, ce visa n’a pas lieu d’être. En effet, mis à part la France et ses alliés du bloc occidental, tous les autres pays du monde ont reconnu le résultat du référendum organisé par l’ancienne puissance coloniale en 1974. Les citoyens du TOM des Comores s’étaient largement prononcés pour l’indépendance. Mais le gouvernement français de l’époque n’en a pas tenu compte alors qu’il avait pourtant organisé la consultation. Et il décida de maintenir l’île de Mayotte sous son administration.
Mayotte est actuellement touchée par une très grave crise sociale. C’est la seule île de l’archipel dont les habitants craignent pour leur sécurité. C’est le résultat de l’intégration à la France. Les autorités mettent l’accent sur l’expulsion de personnes originaires des autres îles de l’ancien TOM des Comores qui sont arrivées sans visa à Mayotte. Mais le gouvernement comorien a décidé de ne plus accepter d’accueillir ces réfugiés. Il estime que les citoyens de l’Union des Comores sont chez eux à Mayotte, car selon le droit international, Mayotte est intégrée à l’Union des Comores.
Face à cette résistance, le gouvernement français a pris une décision d’une rare violence : plus aucun visa n’est délivré aux citoyens comoriens, que cela soit pour aller à Mayotte, à La Réunion ou en France. Or, nombreux sont les Comoriens à avoir de la famille dans ces différents lieux. D’ailleurs, Marseille est considérée comme une des plus grandes villes comoriennes, eu égard aux nombreux originaires de l’archipel qui ont choisi d’y vivre. Paris a décidé de prendre une décision qui ne règlera pas le problème créé par un gouvernement français et que ses successeurs ont choisi d’aggraver. C’est aussi une décision qui montre qu’il est bien difficile pour l’ancienne puissance coloniale de se libérer des séquelles de cette époque révolue. En effet, qu’est-ce qui peut se passer dans la tête d’un responsable français pour qu’il puisse prendre une décision qui met les dirigeants de son pays au niveau d’un Trump qui veut construire un mur entre les États-Unis et le Mexique ?
Une fois de plus, des dirigeants français veulent faire pression sur la politique d’un État souverain qui était auparavant une colonie française. Ceci n’a pas des conséquences uniquement pour la France mais aussi pour La Réunion, car notre île est un département français. Paris a décidé de fermer La Réunion à tous les Comoriens. Dans notre région, c’est notre île qui apparaît comme le pays le plus isolé de son environnement, parce que ses habitants n’ont pas la responsabilité de pouvoir agir en fonction de ce qui est bon ou pas selon eux.
J.B.
Nos peines
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