Edito

Pourquoi vouloir réécrire l’histoire de La Réunion ?

J.B. / 26 septembre 2018

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Quelques semaines après son élection à la présidence de la Région Réunion en 2010, Didier Robert organisait une cérémonie sur l’aire de pique-nique de la ravine du Tabac au bord de la route des Tamarins. L’objectif était de présenter la réalisation de la « route en balcons » comme l’œuvre de Pierre Lagourgue, Paul Vergès n’ayant été qu’un simple exécutant. Le nom de route des Tamarins avait été choisi par l’ancienne majorité régionale. Manifestement, cette tentative de réécrire l’histoire sur ce sujet n’a pas pris, et personne ne parle de la « route en balcons », préférant l’expression historique de route des Tamarins. Elle illustre cependant un état d’esprit.

Il est un autre sujet où cette tentative de réécrire l’histoire existe, c’est sur le maloya. La Région organise depuis plusieurs années une semaine de festivités utilisant le maloya pour mettre en valeur son action. Elle s’appuie sur la date anniversaire de l’inscription du maloya au Patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO, le 1er octobre 2009. Rappelons que cette inscription est le résultat de la mobilisation du PCR qui a lutté aux côtés de militants culturels pour empêcher le maloya de disparaître, et de celui de l’équipe de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), qui a monté le dossier et défendu la cause du maloya auprès de l’UNESCO. Or, la dissolution de la MCUR est une des premières décisions de Didier Robert après son élection à la présidence de la Région.

Hier à Sainte-Suzanne, la représentante de la Région a réalisé le tour de force de ne pas citer Paul Vergès ou le Parti communiste réunionnais et encore moins la MCUR dans son exposé devant les journalistes. Un fait d’autant plus remarquable que c’est pourtant grâce au PCR que cette personne a été élue à la Région en 2010, car elle représentait le Parti sur la liste de l’Alliance, avant de trahir pour rejoindre la majorité régionale et les avantages matériels qui vont avec. Il a fallu une question de « Témoignages » sur l’origine du classement du maloya au Patrimoine de l’humanité pour qu’elle affirme que la reconnaissance du maloya est le résultat de l’action de militants culturels et politiques, notamment de Paul Vergès qu’ « on ne peut pas oublier » et que ce travail continue depuis. Une réponse bien incomplète. Fort heureusement, pour l’honneur des Réunionnais devant leur histoire, le représentant de la Mairie de Sainte-Suzanne a rappelé que la reconnaissance du maloya par l’UNESCO avait eu lieu « dans le cadre de la MCUR ».

Cette volonté de réécrire l’histoire interroge. Il est en effet important pour un pays de regarder son histoire en face, afin de pouvoir construire son avenir sur des bases solides. L’histoire de La Réunion ne mérite pas d’être réécrite pour des raisons de sectarisme partisan, c’est une question de respect pour le peuple réunionnais.

J.B.